Cécile Corbel
Carnet de bord



15 octobre 2009
Octobre 2009 - Escapade Americaine...
Du 1er au 8 Octobre 2009. Une échappée belle de quelques jours aux Etats Unis pour trois concerts et un workshop :
Côte est, côte ouest, beaucoup d'avions, beaucoup d'hotels, de paysages, la Maison Blanche, le désert du Nevada, l'Océan Pacifique...


Concert à Grace Church, Georgetown - quartier chic et bohème de Washington.
L'une des plus anciennes églises de la ville, et aussi peut être l'une des plus jolies...


Las Vegas - concert à la Clark Count Library.
Contracte saisissant entre les hotels gigantesques qui surgissent de terre sur le strip et les montagnes du désert tout proche...


Les montages du Nevada - terre rouge, cactus, genevriers, petroglyphes, petites routes qui serpentent entre les canyons...
Assez tentant pour tous les amoureux de moto.
Au centre, le démesuré hotel Bellaggio et ses fontaines.


Concert au Freight and Salvage.
Une mythique salle folk qui vient d'inaugurer ses nouveaux locaux au coeur de Berkeley.


L'association des bretons de Californie organisait ce concert.
Du côté de Fisherman's wharf, le port ancien de San Francisco, on pourrait presque se croire en Bretagne.

10 juin 2009
L'été en bretagne...


Voici le détail de nos concerts de l’été 2009 en Bretagne…

20 juillet à 20h30
Chapelle St Conogan – Beuzec Cap Sizun. – entrée libre
Au bout d’une route de campagne, au milieu des fermes et des prés, cette précieuse petite chapelle accueillera le premier de nos concerts bretons de l’été pour une soirée aux allures de bout du monde.
Il y aura peut être quelques korrigans.
Ne vous perdez pas en chemin ! un plan ICI :
plan d'accès



Le 21 juillet à 21h
Salle Ty Lokorn – Locronan
Locronan sous les étoiles.
Une nouvelle fois, nous avons la chance de venir jouer dans le beau village de Locronan.
Si vous le pouvez, dans la journée, ne manquez pas de perdre quelques heures à flâner dans les vieilles rues pavées et les échoppes de la cité médiévale.



Le 23 juillet à 21h
Abbaye de Beauport – Paimpol
Un joyau de pierre au bord de la mer.
Vergers, prés salés et port abrité sont l’écrin de cette abbaye qui demeure l’une des plus importantes de Bretagne. Fondée en 1202 elle fut aussi une étape des pèlerins sur la route de Compostelle.
C’est un grand bonheur de pouvoir faire résonner quelques notes de musique dans cet endroit magique !
Abbaye de Beauport



Le 24 Juillet à 20h30 et le 1er août à 19h30
Abbaye de Landevennec – Landevennec – libre participation
"C’est un lieu extrêmement agréable, exposé au soleil, inaccessible à tous les vents, sauf un peu le vent d’Est ; comme un paradis magnifiquement tourné vers le soleil levant… un jardin orné de fleurs de toutes sortes de couleurs, où récolter les fruits non seulement de la terre mais encore et surtout du ciel" - Vie de Saint Guénolé, IXème siècle
Après avoir résonné des prières des moines, les pierres de l’ancienne abbaye de Landévennec chanteront à nouveau pour deux concerts désormais traditionnels pour nous.
abbaye de Landevennec



25 juillet à 21h
Village médiéval de Poulfetan – Quistinic
Entre vallon et rivière, un village aux toits de chaume et aux cheminées massives qui vous plonge au cœur de la Bretagne médiévale. En journée vous aurez peut être le temps de découvrir les artisans, l’auberge et les gestes de la vie paysanne bretonne parfaitement mis en scène dans ce village très vivant.
Le soir nous donnerons avec les musiciens un concert sous les étoiles au milieu des bottes de paille de la grange.
tavarnpoulfetan



26 Juillet à 19h
Le bateau livre - Penestin
« Café, épicerie, jeux de boules, la café du Haut Pénestin a une longue histoire. Chaque été, les champs alentour prenaient la couleur des toiles de tente et des caravanes. Les jeux de boule bretonne étaient envahis et le café était le lieu naturel de rendez-vous des familles.
Les temps ont changé, mais aujourd’hui il a retrouvé vie en devenant café-librairie.
Lieu d'échange et de musique, "le bateau livre" est aussi et surtout une librairie. Alors, poussez la porte et prenez le temps, de découvrir, de lire et venez boire un verre... »
Rendez vous pour un apéro concert haut en couleurs et en musique !
le bateau livre



29 juillet à 21h
Espace culturel – Pont Croix – libre participation
Entre mer et rivière, un village accueillant qui inspira les peintres et dont les ruelles abritent des légendes anciennes. Marchands, prêtres, brigands et nobles seigneurs peuvent à tout instant y resurgir du passé.
Mon village natal…Un concert à la maison !



30 juillet 2009 à 21h
Eglise de Plouguerneau
Au pays de Abers (un mot celtique qui signifie vallée de fleuve envahie par la mer), entre terre et mer, une église semblable à un joyau de granit, avec en guise d’écrin un des plus beaux enclos paroissiaux de Bretagne….a découvrir !

31 Juillet à 21h
Chapelle de Kermouster - Lézardrieux – entrée libre
Une escale à la chapelle de Kermouster, surmontant un port dont pécheurs et plaisanciers raffolent.
Le hameau respire la douceur de vivre.
Georges Brassens avait une maison non loin de là et il y avait commencé à apprendre le breton.

2 aout 2009
Chapelle de Menfouest – kerfeunteun – Quimper
Une chapelle de XVIIIème siècle dédiée à Notre Dame.
Une association se bat pour restaurer et faire connaitre ce petit trésor d’architecture. Venez le découvrir !



4 aout à 21h
Chapelle Ste Hélène – Douarnenez
Au pays de la ville d’Ys et du brigand la Fontenelle,…
Au cœur de la vieille cille et non loin du port de pêche, cette chapelle fut celle du quartier maritime du Rosmeur groupant pêcheurs, ateliers de presse à sardines et plus tard usines.
Elle possède de magnifiques vitraux et des bas-reliefs aux motifs maritimes qui rappellent que des marins participèrent à sa construction…l’air du large et l’invitation au voyage ne sont pas très loin dans cette jolie chapelle.



6 aout à 20h45
Abbaye de Paimpont
Au cœur de la forêt de Brocéliande…
Tout commence au 7e siècle, au temps des Mérovingiens. Le royaume armoricain de Domnonée est alors dirigé par le roi Judicaël, dont une des résidences est Gaël, entre Paimpont et St Méen.
Avec son ami Mévenn, il fonde un prieuré dédié à Notre Dame, sur les bords de l'étang actuel de l'abbaye.
Ce prieuré sera détruit au temps des invasions normandes.
Puis, la paix rétablie, un second prieuré sera construit et transformé en abbaye. Des moines bénédictins y vécurent jusqu'à la Révolution.
C’est un grand plaisir de pouvoir jouer dans cette magnifique abbatiale gothique.
Visitez aussi les jardins et l’exposition sur la quête du Graal accueillie par l’abbaye. Les légendes arthuriennes et les fées d’autrefois flottent dans l’air de cette abbaye…
Abbaye de Paimpont

Quelques rendez vous aussi pour des showcases et dédicaces aussi à Vannes (18 juillet), Brest (22 juillet), et Douarnenez (25 juillet) et Audierne (25 juillet et 1er aout) .

A bientôt !

21 Avril 2009
Louisiane, New Orleans 2009
13 avril 2009
Le week end fût chargé…
Aller retour à Nantes le samedi pour participer à la promo d’Anne de Bretagne….mini show case pour l’agence culturelle bretonne et myriades d’interviews…décidemment le personnage d’Anne et les chansons d’Alan Simon suscitent beaucoup d’intérêt et d’émotions…
Dans le cœur du château des Ducs j’ai aussi essayé pour la première fois le costume de Anne.
Les couturières sont de véritables orfèvres !

Aller retour en Belgique le dimanche pour un concert avec le quintet au festival Trolls et légendes de Mons.
Festival magique : fées, trolls, lutins, magiciens et peintres…
Mon ami John Lang nous a rejoint pour quelques chansons à la flûte et au bouzouki.
Cela faisait bien longtemps que nous n’avions pas joué ensemble et c’était un vrai plaisir sur scène !

Envol pour les USA le lundi …Quelle vie étrange…Nantes – Paris – Belgique – Paris – Atlanta – La Nouvelle Orléans…le tout en moins de trois jours.
Parfois je me demande si je n’ai pas un brin de folie coincé quelque part dans le cœur ou l’esprit pour dire oui à de telles pérégrinations…

Seul bémol à cette vie de troubadour motorisé : les avions et les aéroports que je finis par haïr chaque fois un peu plus à chaque nouveau voyage. La seule perspective de faire escale dans un aéroport et de subir les procédures de douanes, contrôles, attentes, retards éventuels, suffit à venir à bout de ma patience et de mon calme et me transforment en véritable misanthrope.
En même temps je reste fascinée par ces grandes ruches grouillantes et aseptisées que sont les aéroports car ils sont un peu hors du monde réel, comme de gigantesques parenthèses dans lesquelles on perd la notion de l’heure, de l’espace et aussi un peu de son identité.

Patrice Fisher et la harp society de Louisiane m’ont invitée pour la seconde fois pour une série de concerts dans les écoles, des workshops et un concert à la Trinity Church de la Nouvelle Orléans avec les élèves de harpe celtique.
Les élèves ont travaillé plusieurs semaines sur mes chansons et cela va être très amusant de jouer « Bran » ou la « Valse des ondines » avec eux.

Ma précédente venue date de 2002 et cela m’a intéressé de relire mon carnet de bord de l’époque et de le comparer avec celui-ci…J’étais alors un brin plus jeune et encore étudiante….pendant deux mois, 30 concerts dans la rue, les clubs et les bars…
7 ans ont passé et depuis, il y a eu l’ouragan Katrina qui a balayé la Louisiane et beaucoup d’eau aussi qui a coulé sous les ponts de ma vie.
C’est intéressant parfois de faire un arrêt sur image de regarder en arrière pour voir le petit bout de chemin qu’on a parcouru.
Il y aurait surement des choses à refaire, à changer, mais dans l’ensemble je suis plutôt heureuse de ce que je vois en me tournant vers le passé.
J’ai toujours eu l’impression d’avancer dans la vie comme si j’assemblais les pièces d’un puzzle. Au début du jeu, on ne devine pas le motif, mais un beau jour, au fur et à mesure de l’assemblage, on comprend le dessin et chaque pièce du puzzle prend alors plus de sens.
Cela devient alors plus facile de poser chaque pièce. On espère juste un jour finir le puzzle et pouvoir alors, fatigué, le regarder d’un œil satisfait. Pour ma part il me reste encore pas mal de pièces à placer dans mon puzzle mais je commence à avoir une vague idée du dessin complet.

Je suis arrivée vers 1h30 (il est 8h du matin en France !) à la Audubon Guest House, la pension que tient Barbara Martin à l’entrée de l’Audubon Park.
(À recommander pour tous ceux qui veulent passer un séjour unique à la Nouvelle Orléans et se plonger délicieusement dans le passé français de la ville) http://www.historiclodging.com/audubon/
C’est une maison en bois de cèdre des années 1890 à deux pas du parc Audubon. Il y règne une atmosphère incroyable. Chaque meuble et chaque objet raconte une histoire.

Le salon est une véritable forêt de harpes. (Barbara est membre de la harp society et son second mari était un harpiste gallois renommé).



Le jardin est un rêve, tout autant que ma chambre. Le lit est si haut qu’il faut un tabouret (placé judicieusement là à cette intention) pour y monter.
La salle à manger dans laquelle chaque matin un petit déjeuner de princesse est servi dans des couverts d’argent sort tout droit d’un conte de fée.
Barbara a d’ailleurs tout de la marraine-fée qui habite nos contes d’autrefois.
Pour preuve, chaque matin, il y a des biscuits beurrés juste sortis du four, et du café toujours chaud et cela quelle que soit l’heure à laquelle je me lève….Quand je vous dis qu’elle est un peu magicienne…



14 avril Behrman school concert
Il est 9h du matin et je dois donner un court concert pour les enfants de l’école.
La Nouvelle Orléans est décidemment une ville mystérieuse car à notre arrivée il n’y absolument personne : les grilles sont fermées et personne ne répond au téléphone.
D’ailleurs le numéro de téléphone qu’on nous a donné n’est pas attribué. L’école Behrman serait-elle une école pour fantômes ?
A ce jour le mystère n’a toujours pas été éclairci.



La matinée étant par conséquent libre, je décide de prendre le streetcar (le vieux tramway qui sillonne toute la ville) en direction du french quarter.
Le long de St Charles avenue, il y a toujours ces maisons en bois incroyables avec leurs grands jardins et leur charme colonial.

le French quarter a été relativement épargné par l’ouragan.
Toujours les même noms de rues au doux parfum français : Chartres, Toulouse, St Louis, St Pierre…..
Les magasins de souvenirs pour touristes sont eux aussi toujours là, toujours aussi nombreux, avec toujours autant de babioles – preuve que les touristes reviennent flâner à la Nouvelle Orléans.
Une nouvelle catégorie de souvenirs, fabriqués autour de la mémoire de l’ouragan Katrina, est toutefois apparue dans les étals des magasins.
Nous sommes en avril mais l’air est déjà brûlant.
De la musique s’échappe sur les trottoirs, partout des effluves d’épices et d’alcool.
Dans les vitrines de certains magasins on fabrique des pralines (spécialité de la ville) sous les yeux gourmands des badauds.
On peut acheter des piments de toutes sortes, du Tabasco, des cigares, des masques de mardi gras et beaucoup de souvenirs « made in Taiwan » (sacs, hamacs, bijoux de pacotille…)
A l’entrée du french market, le café du monde est toujours là, servant à longueur de journée son café au lait brûlant et ses beignets mythiques.

La Nouvelle Orléans est aussi réputée pour ces magasins d’antiquités et ces brocantes…tout se qui se rattache au passé européen et français de la ville est vénéré !



Le moindre bénitier en provenance d’une de nos églises de campagne atteindra ici des prix fous…Si vous cherchez la statue de vierge ou le vieux fauteuil que vous avez connus dans la maison de votre enfance et qui furent vendus trois sous un jour par votre grand tante ou votre grand mère lors d’un vide grenier quelconque, il y a de grandes chance pour qu’ils se trouvent ici quelque part…c’est assez fascinant de voir la quantité de meubles et objets proposés ici.
Poupées de porcelaine, linge, meubles, bijoux anciens….



la liste est longue et parfois surréaliste quand on découvre une armoire provençale ou des verres à pied vendus dix fois leur prix ; parfois choquante quand il s’agit de cabinets précieux ou de statues de sculpteurs renommés….
Ce qui est drôle dans cette histoire c’est que pendant des décennies, les gens des villes et de campagnes françaises n’ont eu de cesse que de se débarrasser de leurs vieux meubles noirs et lourds, de tous ces chandeliers et autres casseroles de cuivre, pour les remplacer par des meubles et équipements modernes…
Et aujourd’hui les américains nous envient nos « vieilleries ».
Je pense que c’est parce que tout – absolument tout - est jeune dans ce pays. Il est rare qu’un monument ai plus de 150 ans…alors on se fabrique un passé mythique à travers des objets un peu « chargés » d’histoire.
Savent-ils qu’il existe aussi une histoire millénaire sur ce continent ? Seulement, elle n’est pas blanche : elle est indienne et nous l’avons un petit peu bousillée…Peut être parce qu’elle n’a pas de patrimoine sur lequel capitaliser, pas de meubles et d’objets luxueux, seulement des outils, des objets magiques, des histoires et des paysages…rien qui ne prenne sa place dans nos maisons.

Dans le French market la statue de Jeanne d’Arc et toujours là.
Le Mississippi coule des jours tranquilles, indifférent aux bruits de la ville.

Il y a peut être un peu moins de touristes mais toujours autant de fanfares de Jazz et de peintres du dimanche. Un peu moins de diseuses de bonne aventure le long de la cathédrale…Les gens ont peut être définitivement perdu leurs illusions et préfèrent ne pas connaitre le sort qui les attends...ou alors comme Ils ont déjà vécu le pire pendant l’ouragan, ils pensent peut être qu’après tout, l’avenir ne peut être que meilleur.
Le O flaherty’s pub a disparu. J’y avais joué plusieurs fois par le passé. Il y a maintenant de lourdes planches de bois devant chaque fenêtre.
Penser à ramener café du monde et piments

3 mai 2002
Harpe dans la rue près de la basilique St Louis – près des diseuses de bonne aventure – une fleur – un bracelet – des dollars. Une libellule se pose sur la harpe et reste le temps d’un morceau. C’était une fée ?
Stephen me raconte une expérience qu’il a vécue avec les fées…comme des petites lumières tourbillonnantes qui lui sont apparues un jour. Pour lui les fées sont des créatures de dieu, placées par lui ici bas pour aider les hommes à cultiver la terre et faire de la musique.
En écosse il existe une communauté de fermiers qui invoque les fées pour avoir de meilleures récoltes…et ça marche !
Stephen avait un oncle magicien qui est mort sur scène juste après la tombée du rideau !

21 mai 2002 Concert de Beth Paterson au pub irlandais « O Flaherty ». Une des chansons qu’elle chante me séduit immédiatement :
« je m’endors, je m’endors
et j’ai froid et j’ai faim
Le soleil et couché
jsuis bien loin dla maison

J’ai lu tous les livres que j’avais emporté dans l’avion et je dois absolument trouver une librairie en français.

Déjeuner au café Maspero
L’endroit pue la friture mais est très sympathique.
Il propose un menu traditionnel américain.
Des familles aux larges fesses débordant de fragiles chaises de bois commandent burgers et sodas glacés.
Sur le mur un tableau donne un aperçu de ce qu’à pu être le quartier de la cathédrale il y a cent ans… j’ai l’impression que j’ai remarqué ce tableau uniquement parce qu’il me faisait penser à une vue du quartier Kereon à Quimper et je me dis qu’au fond on ne remarque que ce que l’on connait déjà.

Répétition vers 17h
Le quartier de Patrice a été très touché par ouragan.
Trois ans et demi après Katrina, les habitants viennent seulement de toucher l’argent du gouvernement pour restaurer leur maison.

Malgré la crise profonde qui touche les usa et dont on me parle sans arrêt, avec tous les travaux de reconstruction, la situation économique de la Louisiane est paradoxalement bien meilleure que dans beaucoup d’autres états.
Les gens ont besoin de parler de l’ouragan, de le raconter, de dédramatiser par des mots ce qu’ils ont vécu : inondation, destructions, pillages, violences….
C’est comme un exorcisme.
Une élève m’explique qu’ils ont tout laissé derrière eux excepté trois chats, les photos de la famille et sa harpe…Cela me fait réfléchir à ce que j’emmènerais avec moi dans une telle situation.

Les élèves ont bossé sur mes chansons.
Certains ne joueront que les accords, d’autres ont travaillé les mélodies. J’aime la démarche de Patrice qui encourage même les débutants à jouer en ensemble.

Une élève m’invite ensuite à la réunion mensuelle de la scottish sociéty.
Ils se réunissent régulièrement pour des dîners, danses tradiotionnelles et discussions. Je m’étais imaginé une réception un peu « ampoulée » avec des petits plats dans les grands.
En fait la réunion a lieu dans un gymnase – drapeaux et tartans écossais sont fièrement arborés. Cookies, sablés et whisky. L’assemblée est réduite et plutôt âgée, voire estropiée. Il a quelque chose de touchant de les voir maintenir cet héritage écossais fantasmé.
Derrière les danses et la fête, cet attachement à un pays originel, dans lequel la plupart ne sont pas nés, avait un parfum un peu triste. J’ai senti en eux la nostalgie d’un pays qu’ils n’ont pas connu. C’est important de se créer des racines…

Diner en terrasse dans un restaurant libanais. Je savoure la douceur de l’air et la végétation luxuriante de la ville.

25 mai 2002
la Nouvelles Orléans c’est la ville des chats, surtout la nuit….Pourtant sont-ils aussi nombreux ? Serait ce un paradis de mystères comme l’est Venise ?
J’aime les rues ici, à cause des arbres. Ils poussent librement jusqu’à en détruire la chaussée – belle revanche de la nature…
ce soir c’est la pleine lune. C’est à cause d’elle que nous sommes tous un peu sur les nerfs. (…) petit câlin avec un chat gris.

Le lendemain, mercredi 15 avril est mon seul jour de liberté…
RDV dans un cimetière ancien dans lequel on restaure des tombes qui datent pour la plupart de la seconde moitié du XIXème siècle. Pour les américains, ces tombes sont très anciennes et atypiques (ces petits édifices-caveaux sont plutôt de style européen)…



On nous explique que les morts remontent parfois à la surface lors des inondations si on ne les enterre pas profondément…Sympathique perspective.
Le commandore palace est un restaurant très old fashioned qui borde le cimetière.
On me promet de m’y emmener avant mon départ pour que je puisse gouter au charme de l’ancien temps….
Balade dans Garden district : maisons coloniales gigantesques, grands jardins. Des demeures de maitres et riches planteurs, emplies de légendes, de fantômes et de vaudou

Nous passons devant la maison de l’écrivain Maison d’Ann Rice.

Balade dans le french quarter. Après investigation, je découvre un book store qui a des tonnes de livres en français !!! Le libraire parle ma langue et ma nationalité me vaut une jolie réduction sur les bouquins achetés.
Pour l’occasion j’achète un bouquin d’Anne Rice – une histoires de sorcières – pour être totalement dans l’ambiance – ainsi qu’un énorme pavé de James Elroy –(celui là devrait tenir le temps du voyage de retour).

Le librairie m’a conseille un restaurant pour déjeuner : le napoléon house – dans la cour intérieure duquel je m'installe après le départ de Barbara pour écrire le journal…j’applique à la lettre ma nouvelle philosophie de voyage : éviter les déplacements agités dans les villes que je visite – comprendre par l’immobilité.
Ai retrouvé les cannoli, des pâtisseries italiennes découvertes lors de mon premier séjour ici et jamais retrouvées…(beaucoup d’immigrés italiens –mélangés aux irlandais, français, espagnols – de quoi donner naissance à de savoureuses histoires de mafia)

Auparavant j’ai fait un détour par quelques magasins pour touristes, musée vaudou et autres boutiques de sorcellerie qui se cachent dans les moindres recoins de la ville…
En exploitant à outrance certains aspects de leur histoire – légendaires ou réels – les villes touristiques finissent par s’engluer dans une sorte de confiture pour touriste.
Ainsi les poupées vaudous sont-elles proposées en vente en série, de même que des parfums, charmes, bougies, savons (du savon vaudou ?) herbes – le tout sensément préparé et chargé par de vraies prêtresses vaudou – et vendu avec le prix adéquat. Idem pour les pirates (dont le célèbre jean Lafitte) qui ne sont plus que des pirates de mardi gras. Partout on trouve chapeaux pirates de pacotille et autres perroquets en peluche.
J’ai été beaucoup amusée par le musée de l’absinthe (ici tout ce qui se rattache au passé français est vénéré) : la boutique (évidemment le musée est avant tout une boutique) propose tout le nécessaire à absinthe : verres, cuillères, sucres, bouteilles, mais aussi des parfums, savons (encore eux???) bonbons, livres, posters à l’effigie de la fée verte…Et aucune goutte de l’alcool en question à l’horizon, pas même une pale imitation non alcoolisée.

Les tours opérators se régalent à vendre des tours fantômes et effrayants.

Flânerie dans les brocantes…serrures, bouteilles, bijoux, vieilles nippes et vieilles nappes, vases, lampes, tableaux…



Les diseuses de bonne aventure s’installent autour de la cathédrale. L’une d’elles, tee shirt rose et bigoudis roses sur la tête, attend mollement la clientèle dans son transat rose. Elle est comme posée là, personnage complètement improbable, magique et banal à la fois. Duane Hanson aurait pu la prendre comme modèle pour une de ces sculptures.

Pubs et cafés glauques dans la rue qui longe le french market…un mime tout pailleté d’or (je l’ai vu à l’œuvre du côté de la cathédrale) se détend, cigarette au bec, assis devant une machine à sous.
Peut être qu’il claque tous les dollars qu’il a gagné tout à l’heure dans la rue. Odeurs de friture, de pisse et d’alcool. Notes de Guitares électriques toutes grasses qui s’échappent des devantures.

Petite halte au Café du monde. – il parait qu’un séjour à la Nouvelle Orléans ne saurait s’en passer.
Café et beignets tout poudrés de sucre glace. – traditionnel – une petite fille à la table d’à côté a le visage entièrement recouvert de sucre glace. Sa mère tente de la débarbouiller avec un peu d’eau mais l’eau et le sucre glace se transforment bientôt en une sorte de pâte sucrée ! Il faut avouer que manger les fameux beignets sans en mettre partout est un exercice difficile.

22 mai 2002
Herbes et potions…magasins diététiques – henné et almanachs de sorcières.
Visite d’un mausolée – atmosphère étrange – impression de ruines antiques, de labyrinthe, de civilisation disparue – calme et silence – magnifiques vitraux.
Serait-ce mon endroit préféré aux Etats Unis ?



Jeudi 16 Avril
Je me suis levée un peu plus tard…les histoires de sorcières d’Ann Rice m’ont occupé une bonne partie de la nuit.



On m’emmène déjeuner dans un restaurant Mexicain – sans méchanceté, je ne comprends pas comment une nourriture paysanne a base de maïs et de haricots noirs peut s’ériger en gastronomie.
Ballade dans l’Audubon parc et les quartiers chics

concert à l’école du sacré cœur
Une des plus chics et des plus anciennes écoles de la Nouvelle Orléans. Fondée à l’ origine par des nonnes françaises, c’est toujours une école religieuse pour jeunes filles.
L’uniforme est de rigueur.



L’école coûte une fortune. Je n‘ai vu que des étudiantes blanches. Dans une ville multiethnique cela m’a choqué (tiens,la femme de ménage est noire…)
j’ai joué devant 150 jeunes filles en mini jupe écossaise, disciplinées et fabriquées dans le même moule…je sais que certains de mes musiciens auraient pu donner leur âme au diable pour être là et cela m’amuse d’y penser.
Je me demande comment des lieux comme celui-ci, avec leurs professeurs et personnel exclusivement féminins ne deviennent pas de véritables foyers d’hystérie féminine.

Une nouvelle balade en voiture et cette fois le revers de la médaille : Nous sommes dans un des quartiers pauvres, près du lac. Je n’en suis pas particulièrement joyeuse, mais reconnaissante qu’on veuille bien me montrer l’autre visage de NO…les quartiers riches sont un rêve, et voici la réalité. Paradoxalement je m’y sens mieux – pas de triche, pas de carton pâte.
Les maisons sont plus petites –moins jolies. Elles ont été inondées – et beaucoup sont désormais abandonnées.
Les magasins aussi sont à l’abandon - et pour cause, il n’y plus personne à qui vendre de la marchandise.
Des croix et des chiffres marquent les maisons et signalent si on y a trouvé des cadavres d’animaux ou d’hommes après l’ouragan.
Dans ces quartiers, la criminalité (viols, drogue) est très forte. On oscille entre atmosphère hippie-bohème et ambiance glauque.
Difficile d’imaginer que toutes ces maisons ont été ensevelies sous plusieurs mètres d’eau.

Dans le reste de la Nouvelle Orléans, je reste étonné de l’énergie déployée pour faire disparaitre les traces de la catastrophe : les jardins, les maisons, tout est redevenu « comme avant » Comment les humains trouvent-ils la force et le courage de toujours tout reconstruire ?

Dans les quartiers pauvres on assiste à une reconstruction partielle – certains habitants ne reviendront jamais – et il y a d’énormes problèmes pour toucher les subventions qui reconstruiront les écoles, les commerces et les habitations.
Il y a comme un parfum de fatalité dans ces quartiers : ils ont été les plus inondés (car les riches ont pris bien soin de construire dans les meilleurs endroits):
Ce sont en majorité des quartiers noirs, dans lesquels la pauvreté engendre violence, problèmes d’éducation, chômage, et racisme en conséquence.
Comment alors toucher les assurances des inondations quand on sait à peine remplir les papiers de demande d’indemnisation ?
Il faudrait réussir un jour à casser ce cercle vicieux.

J’aime discuter avec mes hôtes américains et les provoquer un peu sur des sujets polémiques:
- histoire de se fâcher un tout petit peu quand même…
les réponses apportées sont souvent déconcertantes car bien que pleines de bon sens, allant à l’inverse de nos jugements. Nous n’avons pas cette réflexion depuis l’autre côté de l’océan.

Aussi j’évoque les armes et leur circulation libre dans tous le pays et dans toutes les poches.
On m’explique la légitimité du port d’arme : celle-ci, inscrite à la constitution du pays (qui date de 1787 !) ne saurait être supprimée car pour beaucoup d’américains elle fait partie de leur histoire et leur patrimoine inviolable…
« Nous sommes une nation de chasseurs » me dit-on…
les new yorkais partent surement le week end pour chasser l’ours et le cerf.
Quel genre de gibier chassent donc les obèses en short et casquette qui trainent leur graisse dans les supermarchés de la Nouvelle Orléans ?

On me dit qu’il y a toujours eu autant d’armes, mais que la criminalité a augmenté récemment à cause des rappeurs (!!!) qui érigent le personnage du gangster en modèle…
Moi je crois que la violence est intrinsèque à ce pays, que les armes ont certes servi jadis aux pionniers pour se nourrir (et aussi pour tuer beaucoup d’indiens) et que les armes à feu se multiplient car les gens vivent en permanence dans la peur de l’agression et la paranoïa.

Je me risque aussi à parler de la place de la voiture dans la ville : ici, les voitures rivalisent de taille et de cylindrée alors qu’on roule la plupart du temps à 40km. Les immenses pick up ne transportent pas grand chose sinon les quelques courses hebdomadaires de la famille. Je demande alors pourquoi il n’y a pas de politique sur les transports en commun.
On me dit que leur mise en place serait très contestée car riches et pauvres, quartiers chics et ghettos, seraient alors interconnectés…et les gens ne veulent pas de cela.
Là encore c’est la peur qui préside au raisonnement.
Mais je ne comprends toujours pas pourquoi les gens marchent si peu : Pour parcourir deux blocs – à peu près 400 m – on prend sa voiture – (et on grossit !) ;
lorsqu’on me propose de faire du tourisme il y a de grandes chance pour que la balade se résume à un tour en voiture…

Dîner dans un restaurant libanais (encore !) - à croire que tous les américains ne se nourrissent que de houmous … C’est très bon mais le resto est bruyant – un numéro de danseuse du ventre qui est un peu triste car totalement artificiel. Les clients glissent des dollars dans l’échancrure des robes des danseuses.
On me dit qu’un tel numéro ne passerait pas au Texas où il serait jugé choquant et dégradant. Ici on est réputé pour son ouverture d’esprit…

Vendredi 17 avril
Matinée tranquille et déjeuner avec Barbara
exploration de la maison et du jardin – harpe.



15h départ pour Lafayette
2h30 de route – même sur l’autoroute, les américains roulent doucement…environ 90km/h.( à ce rythme, il faudra m’expliquer pourquoi les voitures sont si puissantes) L’autoroute qui mène à Lafayette est incroyable car construite au milieu du lac Pontchartrain.
Par moment, elle est entourée de marais qui donnent naissance à des paysages fantasmagoriques - végétation luxuriante, alternant avec des troncs d’arbres morts qui se détachent sur fond d’eau et de ciel gris.

7 octobre 2003
retour à la Nouvelle Orléans.
La route est belle : avec le bayou des deux côtés, c’est comme si les arbres grandissaient dans la rivière. Certains sont des arbres morts – très grands – on dirait des totems. C’est irrésistiblement mystique et… indien. (…) paysage à la fois terrestre et aquatique. Effet de miroir et de renversement du monde.

Les cajuns vivent dans la région de Bâton rouge et Lafayette. Pionniers français chassés du canada par les anglais, ils ont rejoint la colonie française au milieu du XVIIIème siècle.
Ils étaient fermiers, et se sont plutôt installés dans les terres, laissent la côte et les grandes plantations aux créoles (ici le mot créole désigne les franco-espagnols de la Nouvelle Orléans, mélangés aux populations haïtiennes et africaines)
Les cajuns pêchent, cultivent le riz, la canne à sucre et élèvent les écrevisses (crawfish), soit tous les ingrédients de la délicieuse cuisine cajun (qui mélange à merveille la cuisine française et les épices d’Haïti et de l'inde)

Pas le temps de visiter Lafayette
répétition puis concert –

Nous voulons rentrer après le dîner.
Mais la pluie et le vent se sont donnés rendez vous.
Je n’ai jamais vécu un si gros orage. Des trombes d’eau s’abattent sur nous et le ciel est dangereusement violet.
La voiture se noie derrière un mur de pluie.
La route du retour est épouvantable et très éprouvante – on ne voit pas à un mètre – l’état de la route est désastreux – des camions gigantesque nous doublent et projettent grandes vagues d’eau sur la voiture, ce qui achève de m’effrayer.
La musique de l’autoradio (de vieux standards sud américains) et la danse folle des essuie glaces qui balayaient le pare brise à toute allure rendaient la scène un peu comique mais je peux dire que pour la première fois de ma vie j’ai vraiment cru ne jamais arriver à destination.

Le long du trajet, des noms de villes et quartiers indiens qui sonnent comme des éternuements : Tchoupitoulas – Atchafalaya - Ponchatoula…

17 mai 2002
Tempête !

29 mai 2002
Pluie et orage – risques d’inondation. On me raconte que l’eau de pluie recueillie est très utile aux sorcières. Quant à moi j’aime ce temps. Il me donne de l’énergie.
Des écureuils se baladent sur les fils électriques entre les arbres.
C’est au fond comme un réseau d’autoroutes pour eux. Les animaux utilisent positivement nos installations.

30 mai 2002
Orage et tempête pendant que je suis à la bibliothèque. – c’est impressionnant mais j’aime mieux cela que le soleil.

samedi 18 avril
Radio show à 1Oh – wwoz – la radio locale de la région - très écoutée – RVD au celtic show.
L’animateur se souvient de ma première venue. Il est très enthousiaste. Je joue quatre chansons.
Le French quarter festival à commencé et les rues sont encombrées.

Workshop en petit comité à l’église Trinity – je retrouve avec beaucoup de joie ma chère Manon – toujours aussi lumineuse.

Après midi avec mes nouvelles « copines » Michaela et Barbara.
Il est rare que je m’autorise des moments de détente entre filles mais après tout je me suis peut être laissée contaminée par la devise cajun de la Nouvelle Orléans : « laissez le bon temps rouler » ! : pique nique puis balade dans le french quarter : vintage clothes, bijoux, café et beignets au café du monde, restaurant au retour près de la maison.
Achat de chapeaux…



Avec le festival la pension de Barbara est pleine d’hôtes.
Une des guests a eu un problème de clés : elle nous raconte qu’un « black man » lui a pris les clés qui lui étaient destinées dans la boite aux lettres...Barbara s’inquiète…Nous éluciderons le mystère un peu plus tard : C’est en fait Domingo, l’homme de confiance de Barbara, d’origine hispanique, qui a confondu ce jeu de clé avec un autre et l’a embarqué.
Pour cette femme, Dominguo, qui a le teint très légèrement hâlé, restera toujours un noir, de même que tout métis,indien, magrébin, italien ou espagnol seront toujours pour elles des «noirs»
Ce n’est pas qu’elle manque de sens de l’observation, c’est juste que tout son être est bloqué dans cette configuration.
Je connaissais ce versant de la sottise humaine (un de plus) mais je ne l’avais jamais constaté chez quelqu’un avec autant de naturel…c’est juste bluffant, mais très commun ici…

Nous parlons encore des armes – des quartiers chauds de la ville.
Il y a des endroits ou personne de va jamais (pas même les flics)
Les gens se font - parait-il - régulièrement descendre.
Drogue – caïds.
Cela se passe bien entendu dans les quartiers pauvres de la ville – souvent les quartiers noirs – et comme par hasard ce sont les quartiers qui ont été inondés (les riches ont construit dans des endroits plus hauts)
Ce qui est fascinant c’est qu’un quartier huppé, comme celui de Garden district, peut côtoyer des zones de pauvreté totale.
Des zones de non droit en plein milieu de la ville.
Des patrouilles circulent tout autour de cette zone, non pour arrêter les criminels mais pour circonscrire leur quartier et empêcher la « contamination » des autres quartiers.
Je ne sais pas dans quelle mesure tout cela est vrai ou dans quelle mesure cela relève de la parano mais je constate que les gens ont peur, même dans leurs quartiers chics…sous des allures débonnaires et tranquilles, les habitants n’en mènent pas large le soir venu.
Même dans le quartier ultra chic dans lequel je loge, On me recommande ci et ça, mais très franchement je ne ressens pas de danger (et pourtant j’ai un sixième sens très affuté quand je voyage)

Michaela me dit que les gens que nous croisons dans les cafés, dans les rues, ont très probablement tous une arme sur eux ou dans leur gros pick up, « just in case » … Elle pense qu’on ne fera jamais renoncer les américains à leur « droit » de posséder une arme.

Après l’ouragan Katrina, la ville a connu de nombreux pillages et crimes, et beaucoup de gens ont eu vraiment peur – et à juste titre - pour leurs biens et pour leur vie. Depuis la ville est encore plus armée qu’auparavant. Avec la crise économique qui a pointé son nez, les boutiques d’armes ont vu leur stocks de munitions dévalisés…cela ne présage rien de sympathique.

Les gens disent avoir des armes pour se protéger des gangsters…cela justifie-t-il d’avoir un long riffle ou un M16 chez soi comme me le confirment les filles ? Avoir une arme chez soi multiplie considérablement les chances de s’en servir un jour.
Pour se protéger ? N’y a-t-il pas un risque constant de déraper? Il parait que la plupart des meurtres (quand ils ne sont pas des règlements de comptes entre gangsters) naissent de scènes de jalousie et autres drames conjugaux…

Dimanche 19 avril



Sound check à Trinity church –Pour y avoir déjà joué, je sais que cette église dégage une atmosphère particulière.
Un joli moment...
Jouer avec les élèves est une expérience sympathique même si certains ont vu tout leur travail paralysé par les stress de jouer en public !!!

Ma fierté ce jour là est la confession d’un de spectateurs après le concert qui me dit n’avoir jamais passé la porte d’une église ou d’aucun lieu de ce genre, ni avoir jamais écouté ce genre de musique, mais qui est venu écouter le concert car il a été aimanté par le charme des chansons jouées à la radio samedi…

Réception le soir avec tout le petit monde, chez Barbara qui a cuisiné pour nous toute la journée : Thé glacé à la menthe et pomegranate, salades de haricots et de pommes de terre cajuns, crabes farcis délicieusement créoles et sorbet ananas.
(Quand je vous dis qu’elle est une fée !)



Lundi 20 avril
Concert Ecole Behrman
La directrice de l’école a fini par rappeler quelques jours plus tard et nous avons reprogrammé le concert pour le lundi 19 avril….sans autre explication ! C’est une école publique des quartiers pauvres : enfants noirs, professeurs noirs, personnel noir. Peu de budget et de moyens. Autant dire que le concert que je donne est gratuit.
Quelle contraste après la très chic école du sacré cœur et toutes ces jeunes filles blondes !
Cela en est même choquant –J’ai vraiment honte qu’un pays moderne puisse laisser s’installer cette sorte de ségrégation insidieuse…
Je me résume l’équation :
quartiers pauvres = noirs = école publique ? / Quartiers riches = blancs = école privée ?

En discutant plus tard avec Manon elle m’apprend que l’équation est plus compliquée.
Ici les écoles sont complètement dessinées en fonction de la couleur de peau (sauf dans quelques églises qui œuvrent pour la mixité – comme le projet « turn » de trinity church, qui aimerait faire bouger les choses)
il existe ainsi également des écoles huppées pour enfants noirs de bonne famille et des universités pour étudiants noirs.
Sur le papier tout est mixte, mais dans la réalité les parents continuent à perpétuer la séparation des « races » : des parents noirs aisés ne voudront pas que leur enfant se retrouve seul parmi les blancs, et l’inverse est aussi vrai…bien sûr.
Cela continue à l’université, et cela continue dans la vie active, et les enfants devenus parents à leur tour perpétuent la tradition.

Une famille très reconnue des beaux quartiers a perdu la moitié de ses « amis » lorsqu’ils ont voulu organiser un bal des débutantes (tradition très ancrée ici) pour leurs deux filles : seul problème, les jeunes filles sont noires car elles ont été adoptées. Les « braves gens » ont préféré ne pas venir à ce bal ressenti comme un outrage aux bonnes mœurs !

Heureusement certains essayent de briser ce cercle vicieux : un jeune blanc s’est inscrit dans l’université noire de la ville pour suivre le programme de musique. Il fait figure d’original. ….il faudra longtemps et beaucoup d’originaux comme lui pour que tombent tous les préjugés.

Je pensais que ces barrières invisibles étaient tombées dans les années 90’.
Je ne sais pas comment cela se passe dans les autre états américains, mais ici c’est à désespérer.
On se sent vraiment tout près de l’époque où les noirs n’étaient pas autorisés à monter dans les bus des blancs…

Ce sera mon dernier souvenir de Louisiane, et après un déjeuner avec mon amie Manon (très enthousiaste après que je lui aie expliqué le principe du vélib à Paris !) je m’envole pour Paris avec le sentiment que la France, malgré beaucoup de disfonctionnements et d’injustices, ne s’en tire peut être pas si mal que ça, dans le respect des êtres, de leur liberté, et de leurs différences.

5 fevrier 2009
Carnet de dessins...SketchBook...
Avec la sortie de la vidéo de « Sweet Song » j’ai eu envie de publier ici quelques dessins…
Je me réjouis que ma musique puisse inspirer ces illustrations !
Merci aux dessinateurs pour les rêves qu’ils font pétiller dans nos yeux !

With the release of my new video « Sweet Song, I’m glad to publish here a couple of drawings.
I’m so happy that my music inspired these wonderful pictures!
Thanks so much to the painters !


inspiré par la chanson "Sweet Song"...Inpired by Sweet Song

Inspiré par ma chanson sur la Pirate Mary Read - inpired by my song "Mary" (famous pirate Mary Read)




(c)Fanny Blanchet
www.myspace.com/fanny004


"Ma" fée ! - my personal fairy !

(c) Erle Ferronniere
www.au-bord-des-continents.com/


Une fée toute en douceur...a sweet little fairy

(c) Cathy Delanssay
http://lagouttederosee.blogspot.com/

Quelques liens vers des illustrateurs que j’adore :
Some painters that I recommend :

Jean Baptiste Monge
www.jbmonge.com/

Beatrix Potter
http://www.peterrabbit.com/index.asp

Arthur rackam
http://rackham.artpassions.net/

John Everett Millais
http://www.millais.info/

18-23 novembre 2008
Paraguay - festival internacional del arpa - Acunsion

Le rendez-vous mondial de la harpe...
En tout cas c’est comme cela que les organisateurs ici à Asunción aiment à présenter le festival qui a eu lieu pour la seconde édition cette année.
En effet, la ville d’Asunción concoure auprès de l’Unesco au titre de « capitale mondiale de la harpe »…un titre qui est je trouve assez justifié tant j’ai vu d’engouement pour l’instrument ici.
La harpe paraguayenne, importée il y a plusieurs siècles par les missionnaires jésuites, et adoptée depuis par les indiens guarani, est l’instrument le plus populaire du pays, et les gens d’ici s’enflamment en entendant les airs traditionnels les plus connus.
L’instrument a des interprètes virtuoses : c’est une musique très ornée et qui demande un travail sans faille sur l’instrument. Beaucoup de rythmes ternaires, avec des effets de style complexes dans les mélodies et le son...
J’ai admiré la virtuosité et la technique de tous les harpistes sud-américains.



Pendant quatre jours les cérémonies et les concerts se sont succédés dans le grand théâtre de la capitale….
commémorations, célébrations, discours… (Ici on aime un tout petit peu trop les discours à mon goût…) il y a comme un petit parfum des années 50 dans le ton et le goût pour la commémoration...
Ainsi nous avons même reçu, en tant que harpistes étrangers, un titre de « citoyen illustre de la ville d’Asunción » lors d’une cérémonie spéciale!
Invitations, sorties, interviews télé et presse à n’en plus finir, les organisateurs nous ont véritablement choyés…

Nous étions une trentaines de musiciens, venus du monde entier, principalement d’Amérique du sud : Paraguay,Venezuela, Mexique, Colombie, Allemagne, France (Myrdhin était du voyage et un compagnon idéal pour passer ces quelques jours sous le signe de la harpe !) ou même Sénégal…



J’ai joué au grand théâtre lors de la première soirée de gala et donné une masterclass le lendemain matin...
le reste de mon séjour a été agréablement rempli par les concerts, les visites et la découverte des musiques sud américaines…

Je voulais remercier tous les gens qui m’ont accueilli Ici, et en premier lieu Ismaël Ledesma qui a soufflé mon nom aux organisateurs lorsqu’ils cherchaient des harpistes celtes pour leur programme.
Egalement les organisatrices du festival : Ana Scapini, Marlene Sosa, Lourdes, les techniciens et ingénieurs du son du théâtre, l’hôtel Chaco, Benoist et Cécile Guevel de l’ambassade, Diana, Norma Ortega, Kadialy Kouyaté, l’Ambassade de France au Paraguay, Myrdhin ainsi que Ledy Lopez de Vega qui a été extraordinnaire !
j’oublie surement plein de monde et en relisant cette liste je me dis que le virus des « discours fleuve » des paraguayens m’a un peu contaminé !



Lors d’une visite au Museo del barro, le musée d’art et d’artisanat de la ville, j’ai réalisé que ce pays était constitué d’ethnies aux traditions et langages très variés…le guarani est la langue « officielle » avec l’espagnol, mais il existe une quantité impressionnantes de tribus dont les rites, la mythologie, la culture et l’histoire sont très variées.
Comment alors fonder une véritable identité nationale ? Un peu décontenancé par cette diversité, j’ai l’impression que le pays se pose encore la question et je me demande si la harpe paraguayenne ne serait pas un des éléments forts à retenir pour symboliser l’unité du pays ?

Ma musique a été très bien accueillie ici.
Je me suis ainsi posé la question de la confrontation entre ma musique, ma culture de la musique celtique, et la culture musicale de la harpe sud américaine…
nos instruments ne sont pourtant pas si éloignés (même formes, même nombre de cordes, musique diatonique…)
Les mélodies, le style orné, le choix systématique du ternaire, du mode majeur, et l’absence du chant, font que la musique paraguayenne est éloignée de la mienne car j’utilise la harpe pour chanter et j’aime infiniment le mode mineur.
Les harpistes d’ici ont développé un style incroyable avec beaucoup de technique, d’enjeu, de « bravoure »…c’est une musique « affirmative », qui ne laisse aucune place à l’hésitation…
Mais la vraie différence entre nos deux harpes, j’ai fini par la trouver : c’est la place différente que nous accordons au silence dans notre musique.
Dans la harpe paraguayenne, pas de place pour la respiration (ni pour le chant, bien qu’il existe aussi des chansons traditionnelles) …il s’agit d’occuper l’espace, de le remplir de guirlandes de notes qui tournent à l’infini.
dans la musique celtique, nous aimons laisser résonner les choses, entendre les silences pour entendre le monde alentour.
Notre musique se construit entre les silences, la leur, cherche à les remplir… Une différence de vison du monde ? Une cosmogonie différente ?

Que retenir de ce court séjour paraguayen ?

D’abord l’enthousiasme des gens autour de moi, coté organisateurs, mais aussi dans les cafés, les hôtels et dans la rue…
beaucoup de sourires et de liens prêts à se créer malgré la barrière de la langue…bien loin de nos peurs citadines et nos hésitations occidentales à communiquer avec l’autre.

Une fausse note vient toutefois ternir ma vision des choses et fait que malheureusement, je ne peux pas être totalement heureuse en marchant dans les rues : nous sommes dans un pays, ou, même dans la capitale, la plus grande pauvreté côtoie un luxe honteux.
Ainsi le palais présidentiel, blanc et majestueux, illuminé de mille feux, jouxte le plus grand bidonville d’Asunción… j’ai vu des enfants si jeunes mendier dans les rues, des garçons ou des jeunes filles trainer leur misère et proposer leurs services pour quelques pièces pour surveiller ou laver les voitures...vendeurs de fruits, vieilles femmes qui proposent des colliers dans la rue, jeune mère et son bébé dormant sur le trottoir. Et, tout à côté, le luxe des ambassades et des villas, les magasins, et nous autres étrangers avec nos dollars, qui gagnons et dépensons des sommes dérisoires pour nous…colossales pour eux.
Cela donne envie de croire que le nouveau gouvernement, élu depuis 100 jours, saura répondre à ce besoin énorme de justice sociale…
Quelques jours plus tard, en relisant ce journal, je me dis que nous avons-nous aussi une pauvreté criante qui s’affiche dans les rues de nos villes, et même une autre, qui ne s’affiche pas, et qui est peut être encore plus douloureuse, cachée aux yeux des badauds.
J’ai réalisé qu’il m’avait été plus facile de voir la misère chez les autres que d’admettre les inégalités dans mon propre pays…nos institutions prennent bien soin de ne pas laisser la très grande misère s’installer près d’elles, à leurs portes, alors nous sommes moins choqués par les inégalités…
Au moins le président paraguayen a-t-il chaque jour sous les yeux en se réveillant la mesure de ce qu’il doit accomplir pour aider son pays…
Je ne connais pas bien les enjeux, le pays a connu des années de dictature, mais j’espère de tout cœur que la machine va se mettre en marche…
j’espère que toutes les notes de musique jouées lors du festival monteront au ciel comme une petite prière en ce sens.

Je retiens enfin un moment très particulier que j’ai vécu un soir, très tard, sur le toit de l’hôtel.



Il faisait si chaud que j’avais décidé de prendre un bain « de minuit » (en réalité il était plutôt 2h du matin…) dans la piscine, sur le toit de l’hôtel…Toute la ville vibrait autour de moi, je voyais les rues, les fêtes sur les toits des immeubles au loin, et la musique qui s’en échappait par vagues, l’air était chaud mais plein de vent, l’eau de la piscine parfaitement à la bonne température…
Et soudain j’ai ressenti que tout était « à sa place », comme si cet endroit était, à ce moment précis, subitement devenu le centre du monde. C’était un moment de perfection, comme je n’en avais jamais ressenti auparavant.
Quel étrange endroit que le Paraguay pour éprouver cette plénitude. Même plusieurs jours après, j’ai encore les sensations exactes de ce moment suspendu, perchée dans le ciel, au centre de l’Amérique du Sud…la grâce.



17 novembre 2008
SongBook vol.2 - Birmanie - Burma

Mon nouvel album "SongBook vol 2" sort le 17 novembre prochain.
Il sera disponible chez tous les disquaires (distribution Keltia musique - RSCD287) et est d'hors et déja en vente dans la boutique du site.
Quand vous achetez mon nouvel album "SongBook vol.2", vous contribuez a aider Info Birmanie, une association française pour la défense des droits de l'homme en Birmanie.
Ils aident les populations opprimées de ce pays en militant pour une meilleure connaissance des problèmes politiques, éconimiques et sociaux en Birmanie.
Merci de les aider.
Pour rester informé sur ce sujet, visitez leur site. Et n'oubliez pas le peuple Birman.

INFO BIRMANIE
74 rue Notre-Dame des Champs
75006 PARIS
Tél : +33 1 46 33 41 62
E-mail : contact@info-birmanie.org
Web : http://www.info-birmanie.org/



My new album "SongBook vol 2" will be in french stores from November 17. (distribution Keltia Music RSCD287) and it's now available in my website's shop.

When buying my new album “SongBook vol.2”, you contribute to help Info Birmanie, a french organisation involved in the fight for human rights in Burma.
They help oppressed people of this country, by making the world more aware of Burma’s politic, ecomic and social problems.
Thanks for helping them.
To keep informed, please visit their website and try not to forget about the Burmese people.

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31 octobre 2008
Septembre 2008 - USA - midwest



Quelques photos de notre semaine sur les routes du Midwest entre Chicago et Kansas City...


Elle s'appelle Mary et elle etait notre chauffeur pendant trois jours lors du Chicago Celtic Fest.
Cela ne se voit peut être pas mais elle a des yeux verts..plus verts que l'Irlande elle même !
Je ne comprenais pas tout ce qu'elle disait avec son accent de la rue mais elle nous a sauvé plus d'une fois de la pluie et du vent entre l'hôtel et le festival...
Sinon, voici Chicago dans la queue du cyclone Ike...et nous avec...brume, pluie, chaleur et fortes rafales de vent ; jamais vu autant de pluie en un seul jour...


Le centre culturel irlandais , dans lequel je donne un workshop.
A droite le lac qui borde Chicago...à cause du cyclone, il a des allures de mer d'Irlande, non?




Temps libre et exploration de Chicago...tout est gigantesque ; vertigineux. Nous avons marché plusieurs kilometres sous la pluie pour goûter l'air de la ville. avons nous l'air perdus sur cette photo?


...Un bon résumé de nos deux jours sur les routes du Midwest entre Chicago et Kansas City...L'Amérique profonde ; pas très rassurante.
Le paysage et les gens sont de perpetuels clichés d'une Amérique rurale qui fait un peu peur.
Je ne connaissais vraiment pas les Etats Unis sous ce jour là et j'ai été surprise de voir combien les pires clichés que nous avons d'eux sont très vrais dans certains états...


Kansas City - Art Midwest conference.
KC est moins demesurée que Chicago, mais c'est toujours le règne de la bagnole, des gratte ciel et des grands hotels...
Cette semaine passée sur les routes du Midwest est passée à toute vitesse, comme un rêve etourdissant. le retour en France sera comme un retour à la réalité...

3 septembre 2008
Ete 2008 - Sur la Route - leçons et merveilles



Etre sur la route est devenu ma vie et une seconde nature depuis quelques mois.
Je me suis rendue compte que J’aimais le cheminement, le défilement de la route, du paysage, traverser les lieux, les villages, être traversée par eux aussi.
Peut être même plus que les destinations elles-mêmes…Et il m’est désormais très difficile de m’arrêter quelques part plus de quelques jours sans ressentir l’ennui qui pointe son nez, sauf chez moi, dans ma petite maison, quand j’y reviens, pour me ressourcer avant de repartir…



Avec tous ces voyages, j’apprends aussi une autre façon de voyager, de me déplacer et ressentir les endroits traversés.
Autrefois, lorsque j’arrivai dans un lieu nouveau, une ville, un pays étranger, j’étais prise d’une frénésie de tout visiter, connaitre l’histoire de la ville, en voir les moindres recoins intéressants, les coulisses, les monuments, les églises…

Aujourd’hui j’envisage les choses d’une autre façon, peut être parce qu’en tournée nous ne passons jamais beaucoup de temps au même endroit : a Tallinn, en Estonie, rien ne m’a paru meilleure façon de ressentir la ville que de m’asseoir à la terrasse d’un salon de thé armée d’un livre, d’un thé et de biscuits et de regarder la ville vivre autour de moi. Plusieurs heures en pleine après midi passées ainsi, sous un soleil pâle, après mon concert à l’église St John.
J’avais ainsi l’impression d’être traversée moi-même par l’esprit de la ville, de la connaitre au rythme où elle vit, et non au rythme auquel elle est parcourue par les visiteurs avides de merveilles…

De cet été 2008 je retiendrai les côtes du Finistère, battues par le vent, une mer blanche d’écume tant elle était en fureur, les ciels gris et chargés qui ont été de mise pendant presque tout cet été breton, les escales dans les cafés pour échapper à la pluie…



Souvenirs de concerts

L’abbaye de Landevennec, toujours fidèle et belle, ruine majestueuse mais amie, dans laquelle nous avons joué en trio ; le festival de harpe de Dinan, remarquable, et animé par l’amour de cet instrument magique ; le festival Kann al Loar aux côtés de Carlos Nuñez, avec des organisateurs merveilleux, tout comme ceux des Jeudis du port de Brest, où nous avons passé une soirée haute en couleurs.
Les ports sont décidemment des endroits un peu à part…peut être parce qu’ils contiennent en eux tant de départs, d’adieux, d’au revoir ?

Magique aussi l’église de Locronan dont les pierres ont été l’écrin parfait pour le trio.
De bons moments passés au village de Poulfetan, une bonne adresse à découvrir aussi à « l’Auberge du pont » de Lannilis pour ceux qui aiment la bonne chère.

Leçons...



De cet été 2008 j’aurai aussi appris la méchanceté, la malhonnêteté, et la bêtise…
Vraiment, je ne l’avais pas beaucoup trouvée, ou pas encore remarquée, sur mon chemin de troubadour…

La bêtise, quand des techniciens appelés fort mal a propos « ingénieurs du son » sabotent notre son au concert des trente ans de Keltia Musique ; une soirée qui fut, a part ce désagrément qui nous toucha beaucoup, un très beau moment avec des artistes talentueux.
Plus le temps passe, plus je suis fière de faire partie des artistes qui travaillent avec ce label.

La malhonnêteté, quand l’organisateur du festival folk dans lequel nous avons joué fin août au Pays de Galles part en vacances avec l’argent des recettes et oublie de payer ses équipes et les artistes...
aucun commentaire à ce sujet si ce n’est son nom : Arthur E Turner Thomas. Si vous croisez un jour la route de cet homme, changez de direction, et peut être cassez lui le nez de ma part au passage…

La méchanceté enfin, quand une personne se met à vous haïr et raconter partout tout le mal qu’elle peut en souhaitant vous faire renoncer à la musique…
Voilà qu’un matin tranquille cette femme débarque et déverse des mots sur moi comme si elle versait du poison ; j’ai eu l’impression que sa langue devenait fourchue au fur et à mesure de sa tirade.
Une scène d'autant plus triste quand cette personne est celle qui vous a donné autrefois vos premières leçons de harpe et que vous croyiez être une belle personne….
Qu’est ce qui peut pousser les gens à se laisser déformer par la haine et l'aigreur?

Je m’étais imaginée, peut être parce que la musique évoque pour moi le respect, le partage, et aussi une certaine forme d’amour, et que cela reste le moteur pour moi de la créativité, que je serais enveloppée par ces sentiments et épargnée de toute bêtise et méchanceté… à la différence d’autres métiers peut être…
C’était vraiment un peu naïf, je l’avoue.

Cet été 2008 fut en tout cas une bonne leçon de ce côté-là et m’a appris à me protéger mieux contre les « mauvais »…
j’ai maintenant une armure à toute épreuve.

Bref, ces petites amertumes ne méritent pas qu’on s’y attarde car resteront plutôt gravées dans mon cœur les belles rencontres que j’ai pu faire avec les spectateurs, certains qui nous suivent depuis des années, d’autres qui nous découvraient pour la première fois.
J’ai été heureuse de voir toujours plus d’enfants dans le public qui aimaient notre musique.

J’ai été honorée des rencontres que j’ai faites, celle avec Carlos Nuñez, qui est un musicien incroyablement talentueux et généreux, celle aussi avec le harpiste Ismaël Ledesma, lui aussi virtuose, de la harpe paraguayenne, qui est une personne très précieuse à mes yeux.

Gravés aussi les moments de vie sur scène et en dehors de la scène avec les musiciens. Souvent indisciplinés, parfois agaçants, ils sont mes compagnons et fidèles amis sur la route et je remercie le ciel chaque jour d’avoir croisé leur chemin et d’être aussi chanceuse de les avoir sur scène avec moi.
Ce sont eux qui donnent vie à mes chansons chaque soir...



J’espère vivre d’autres étés aussi riches que celui là, avec un brin de soleil en plus, pourquoi pas….

22 avril 2008
Aventures birmanes...



Ce journal retrace mon séjour en Birmanie en Avril 2008…
Je n’ai jamais tant écrit. Chaque jour a été une découverte et un choc.
Je ne sais pas si tout ce que j’ai ressenti et compris sur ce pays est juste mais j’ai écrit dans ce journal mes sentiments de chaque jour.
On m’a conseillé de ne pas trop écrire à mon retour sur cette aventure birmane, afin d’éviter des ennuis aux personnes que j’ai côtoyées et avec qui j’ai travaillé sur place…
Lors de mon séjour j’ai acheté une petite statuette en bronze : un singe qui se voile les yeux avec les mains – dans la tradition bouddhique ils sont trois, l’un se bouche les yeux, l’autre les oreilles, le dernier a un doigt sur la bouche : je ne vois pas, je n’entends pas, je ne dis rien.
Comme je n’arrive pas à être l’un de ces petits singes, j‘ai choisi de mettre ce journal malgré tout en ligne en enveloppant certains passages d’une légère brume et ai supprimé tous les noms propres…

Départ le 30 mars


Birmanie.
Myanmar, c’est le nouveau nom de ce pays…
10 jours après mon retour d’Australie et à peine revenue de trois concerts en Bourgogne, j’attrape un vol à Roissy en direction de Singapour…
12 heures de voyage – encore – l’aéroport de Singapour – encore.
Nous décollons avec un grand retard à Paris, si bien que je vais manquer mon vol pour Rangoon.
On m’a donné une chambre d’hôtel dans l’aéroport - ai dormi quelques heures ; grave erreur car après cela je ne suis plus moi-même et n’arrive pas à émerger du sommeil – ai erré dans l’aéroport comme un pantin.

Vol pour Yangon à 14h20.
Vu du ciel les côtes de Singapour sont effrayantes : elles grouillent de navires énormes, pétroliers et cargos…comme de gros monstres marins qui dorment en attendant d’aller vomir leurs marchandises dans d’autres ports…
Je suis surprise par les gens qui attendent avec moi dans le hall d’embarquement pour Yangon. On a toujours des clichés plein la tête avant de partir…
Les filles sont habillées à l’occidentale, parfois même très apprêtées et sexy, les hommes portent pantalons et chemises – il y a aussi un seul moine en robe pourpre – 2 occidentaux.
Je me serais attendue à des habits différents – c’est bête – mais peut être les birmans qui voyagent ne sont pas la majorité des habitants et les gens que je rencontrerai sur place ne ressembleront pas à mes compagnons de voyage.
C’est étrange comme la lecture des guides touristiques ou des sites internet sur un pays est toujours loin de me donner la bonne, la juste image de ce que je vais découvrir sur place – les vraies impressions.

Vers 16h le 31 mars


Arrivée à l’aéroport de Yangon.
Depuis le ciel, l’arrivée à Yangon ressemble à un damier de petits prés verts, alternant avec des champs labourés de terre grise, le tout ponctué de pagodes qui émergent ça et là comme de jolis petits boutons dorés.

À l’aéroport je n’ai jamais autant attendu mes bagages…un peu d’angoisse pour la harpe qui arrive finalement escortée par une myriade d’employés de l’aéroport – je cours presque derrière eux alors qu’ils se dirigent vers la sortie.
Ouverture cérémonieuse du flight case devant une poignée d’employés de la douane. Cohue jusqu’à la voiture qui m’attend.
De l’aéroport à l’hôtel la circulation est fluide bien qu’un peu anarchique – on conduit à droite avec la volant…à droite.
Des gens entassés dans des bus – des vendeurs de jasmin qui frappent aux vitres – des « cabanes » qui poussent aléatoirement sur les trottoirs devant des immeubles décrépis…le tout dans une joyeuse pagaille de bruit de moteurs, de cris et de couleurs vives….

Mon hôtel est situé non loin de la pagode Shwedagon – parait-il la plus grande et la plus belle de toute l’Asie.
Le temps de choisir une chambre – reprendre mes esprits et accorder la harpe, qui comme d’habitude à souffert du voyage.
La chambre est climatisée mais l’air extérieur est brûlant et saturé d’humidité – l’escalier de l’hôtel est un véritable sauna.

Je dine dans un restaurant à 200 m de l’hôtel – marcher sur le trottoir ici est déjà une aventure : ils sont très délabrés et irréguliers et il faut regarder devant soi pour ne pas tomber dans un trou car par endroits les plaques de béton sont cassées et laissent apparaitre des trous parfois profond !

Au restaurant, comme à l’hôtel d’ailleurs, il y a quelque chose qui me dérange : la profusion de personnes qui veulent vous servir…c’est tellement différent de Paris où il faut parfois s’énerver pour réussir à commander un café ! Ici une panoplie de serveurs garde un œil sur vous et je peux difficilement faire le moindre geste qu’on s’inquiète pour moi, qu’on m’aide, qu’on ajuste les couverts.
Je ne sais pas trop quelle attitude adopter, je dois encore mesurer mes sourires, mes remerciements et tempérer mon agacement pour trouver un juste équilibre.

Il fait déjà nuit à 19h ici.
Je rentre à l’hôtel mais je me dis que je ferais mieux de ne pas me coucher malgré la fatigue et surtout de commencer à explorer la ville seule – mon guide a dit que les rues étaient très sûres même pour une personne seule la nuit…espérant qu’il dit vrai, je me mets en route…

Je décide d’aller voir la pagode Shwedagon dont je vois les stupas dorés depuis ma chambre. J’ai lu que la visite commençait généralement par l’entrée sud et il me faut marcher environ 2 km pour l’atteindre.

Sur mon chemin j’ai respiré tant d’odeurs de gazole que j’étais sûre d’être toute noire de crasse en rentrant à l’hôtel – les voitures sont très polluantes et l’odeur est insupportable.
J’ai croisé sur mon chemin des moines, des couples d’amoureux, des groupes de jeunes, des hommes en uniforme qui gardaient je ne sais quoi, un petit enfant tout seul, une femme par terre allaitant son enfant, un homme aux deux jambes amputées et des chiens (errants ?) qui se débrouillaient bien mieux que moi pour traverser les routes au milieu de la circulation (pas de passages cloutés ici ! – de vrais défis pour traverser la route)
Arrivée à l’entrée sud de la pagode.

Celle ci est entourée d’un grand parc verdoyant à la végétation luxuriante.
Enorme entrée dorée – colonnades immenses – 2 lions-chiens (des griffons ?) de plusieurs dizaines de mètres de hauteur qui gardent l’entrée… le ton est donné : de l’or et de la démesure.

Il faut ôter ses chaussures dès l’entrée – en tant qu’étrangère, j’ai le droit au traitement spécial, à savoir celui de payer à chaque étape de ma progression : payer pour déposer mes chaussures, payer l’entrée, faire des offrandes…
Il y a un grand escalator qui permet d’accéder à la pagode elle-même.

En haut c’est complètement fascinant.
L’impression première que j’ai eue est celle d’une immense fête foraine – mais c’est loin d’être le cas et c’est très difficile à décrire.
Au centre, un gigantesque stupa doré et orné au sommet de pierres précieuses – tout autour, et selon une disposition qui m’échappe, des temples de toute taille et forme à perte de vue.

L’or est omniprésent - éclats de miroirs – bois sombres et précieux – blanc éclatant des murs –

Des centaines - des milliers - des bouddhas de toutes les tailles et dans toutes les positions, des divinités adorées par les fidèles – des milliers de bougies allumées – de l’encens jusqu’à suffoquer – des fleurs de jasmin au cou des statues.
Certaines statues sont lavées avec adoration, devant d’autres on se contente de prier. Certains bouddhas sont habillés de grands tissus dorés, d’autres sont des sculptures monumentales…couchés j’en ai vu un d’au moins 8 mètre de long.
Plusieurs bouddha ont des auréoles « dernier cri » composées de guirlandes de LED multicolores qui clignotent à l’infini…



On prie, on se ballade dans le sens des aiguilles d’une montre autour du stupa – beaucoup de moines mais aussi des centaines de fidèles, des enfants qui courent. Les gens sont là en famille.
Je suis la seule occidentale au milieu de cette foule.

Plusieurs moines sont venus m’aborder mais leur anglais est si limité que la conversation ne va pas très loin.

Cet endroit est complément démesuré et improbable pour un européen. Il n’y a pas de mot avec lequel t’arriverai à décrire l’exacte sensation que la découverte de cette gigantesque pagode m’a donnée ; un palais pour les dieux, une dévotion intense…
Même si l’on n’aime pas l’or et les décors chargés, le lieu vous coupe le souffle par sa démesure ; cela touche au sublime.

Je respecte infiniment les croyances des fidèles qui viennent en foule prier bouddhas ou les autres dieux du panthéon bouddhique même si je ne partage pas leur foi – toutefois – je ne peux pas m’empêcher de penser que l’énergie et l’argent accordée a ce temple et aux dieux, devrait être au XXIeme siècle un peu redistribuée au monde des hommes : refaire les trottoirs, donner des jambes à l’homme que j ‘ai croisé tout à l’heure, des chaussures au petit garçon seul qui attendait je ne sais quoi sur la route…
Les dieux vivent dans un luxe absolu – les hommes dans une relative misère – tout semble normal et dans l’ordre des choses.

Au restaurant tout à l’heure j’ai commandé un Coca Cola. Quel est le pays au monde dans lequel la marque n’a pas pénétré ?
Dans tous les voyages que j’ai fait depuis deux années, je me questionne sur l’effet qu’il peut y avoir à retrouver les mêmes marques et enseignes d’un bout a l’autre de la planète…Coca Cola birman, thé Lipton polonais, Mc Donald estonien…
Cela a un double effet : rassurant d’un côté, effrayant de l’autre…au fond, voilà ce qu’on peut facilement se dire : tant qu’il y a du Coca Cola, tout va bien…
Le mot « Coca Cola » inscrit sur la bouteille (en thailandais?) a des allures ésotériques.
Est-ce que bouddha aime lui aussi le Coca Cola ?

plus tard, après avoir relu ce journal, j'ai fait ce rêve étrange :
Je devais laver une statue blanche de Bouddha avec une canette de Coca Cola...
Malheureusement la boisson faisait fletrir et tomber les petits boutons de fleur de jasmin suspendus au cou de la statue et il fallait verser le liquide avec precaution...
Je n'ai toujours pas tout compris de ce rêve...



Je suis rentée assez tôt à l’hôtel. Il est 21h mais j’ai l’impression qu’il est 1h du matin.
J’ai vu le film le plus stupide qu’il ait été donné de voir à la télévision : des fourmis méchantes embarquées par erreur à bord d’un avion terrorisent et attaquent les passagers...Elles sont si vilaines qu’elles arrivent même à provoquer des pannes dans les réacteurs ; Comme les américains ont très peur de ces fourmis, l’avion n’a plus le droit d’atterrir dans aucun aéroport du pays. Je me suis endormie avant la fin en me demandant quelle image les birmans pouvait avoir de nous après avoir vu ce film…

1er avril 2008


Petit déjeuner à l’hôtel. Je n’ai rien compris à ce qu’on m’a proposé. Je me suis retrouvée avec deux minuscules toasts…

RDV alliance française pour bosser un peu la harpe et les musiques de ***. Celui-ci est papa depuis hier et ne viendra que dans l’après midi.
J’ai du mal à mémoriser les phrases de harpe qui sont si loin de tout ce que je connais et il fait si chaud que toutes les notes finissent par se mélanger dans ma tête.
Déjeuner au chat pitre, la cafeteria de l’alliance.

Impossible d’atteindre mes emails ni de consulter le moindre site dont j’ai besoin – la censure est partout et l’internet doit être un problème diablement embêtant pour la junte militaire.

16h. conférence de presse au ***, un restaurant assez chic du centre ville.
Une vingtaine de journalistes – ce n’est pas si mal quand on sait que leur article a toutes les chances de ne pas passer l’étape du comité de censure obligatoire : toutes les actions de l’alliance française sont censurées par ce comité aux mains de la junte depuis les événements récents dans le pays.
Espérons que le fait de mettre en valeur la musique traditionnelle birmane au travers de la harpe nous aidera à passer a travers les mailles du filet.

J’ai rencontré *** mais nous commencerons à répéter demain.

Les journalistes posent des questions parfois étranges ; mais on me dit que c’est certainement la première harpe celtique qui vient jouer dans le pays !

Les femmes journalistes n’ont posé aucune question – parler en public est peut être plus facile pour les hommes ? Ou plus correct ? Les femmes viennent me voir après la conférence pour me poser leurs questions en privé.

La traductrice birmane traduit les questions et mes réponses.
On dirait que le birman prend beaucoup de temps pour exprimer une idée simple en français.
On m’a expliqué après que leurs phrases contiennent beaucoup de tournures protocolaires et de formules de politesse. Cela m’a fait sourire en pensant au langage des Hents dans le célèbre livre de JRR Tolkien : 10 secondes pour moi en français, une minute en birman !

2 Avril 2008


Petit déjeuner à l’hôtel – j’ai compté une douzaine de personnes pour s’occuper de 8 clients.
C’est si protocolaire – l’un des serveurs a pour mission de me donner une petite cuillère supplémentaire.
J’ai maintenant 2 couteaux, 2 fourchettes, et 2 cuillères…

J’ai demandé 4 toasts au lieu des 2 « légaux » car je n’ai toujours pas saisi le reste du menu. Cela a du causer un branle bas de combat car tout le monde s’agite. ; J’ai attendu si longtemps d’être servies que j’espère que ma demande n’a pas créé d’ennuis aux serveurs.

Un chauffeur m’amène à l’Alliance française ; partout des gens qui m’ouvrent les portes – j’y suis presque habitué mais pour être franche j’ai hâte que cela cesse et d’être a nouveau obligée d’ouvrir les portes moi-même.

Je répète seule à l’Alliance toute la matinée.
Je bois des litres de thé vert brûlant malgré la chaleur. Il pleut à un moment…la pluie doit être à 30°.
J’ai enfin compris les morceaux de ***. Cette musique demande un gros effort de mémorisation. Elle tourne sur quelques notes et rarement plus de 2 ou 3 accords mais les systèmes et les phrases se répètent rarement plus de 2 fois !
Les morceaux que nous jouerons ensemble ont été composés il y a une cinquantaine d’années.

Répétition avec ***.
La harpe birmane ressemble à un joli petit bateau doré. Il y a 16 cordes – toutes sont accordables et on peut ainsi jouer dans différentes clés.
On joue en posant la harpe sur ces genoux. C’est très gracieux.

Aujourd’hui j’en ai appris plus sur la musique en Birmanie.
Il est très difficile de vivre grâce à la musique dans le pays – à part pour quelques chanteurs de Hip Hop ou DJs connus.
Peu de groupes viennent de l’extérieur et très peu de musiciens birmans ont l’occasion de se produire à l’étranger. (visas et passeports infernaux à obtenir)
Le groupe le plus connu ici est un groupe qui reprend des tubes de rock internationaux.
Les gens n’écoutent pas tellement de musique traditionnelle, sauf pour des cérémonies privées rendues aux Nats – les esprits.

Ici le droit d’auteur relève de la science fiction : on peut ainsi trouver des DVD sur lesquels figurent plusieurs dizaines de films ou des milliers de chansons piratées.
Un musicien peut espérer gagner au mieux 20 dollars pour un concert – souvent beaucoup moins, voir rien car la plupart jouent gratuitement (« c’est un honneur pour eux d’accompagner le chanteur »)
Nombreux sont ceux qui doivent avoir un travail a côté. *** est professeur a l’****.

Salaire moyen dans le pays : entre 30 et 50 dollars US par mois – souvent moins.
Bien sûr les fonctionnaires du gouvernement et les membres de la junte gagnent bien plus – des fortunes pour certains.
Une voiture d’occasion (souvent hors d’âge !) coute 10 à 15 000 dollars.

Ici pas de balances avant les concerts…le matériel est bon mais les birmans se moquent un peu de la qualité des réglages : l’important est la puissance. Si bien que personne ne sait régler le moindre appareil (j’ai vraiment hâte d’être au concert de dimanche !)
Dans la soirée ai rencontré un organisateur de concerts (il organise une grande rencontre de dj cette semaine).
Il nous dit qu’il y a un seul ingénieur du son diplômé dans le pays. ; Celui-ci a travaillé il y a longtemps aux Etats Unis – il a désormais 63 ans et est chauffeur de taxi…

Voilà la réalité de la musique dans le pays.



Je suis allée dans un centre commercial près de l’alliance.
Tout le monde est contrôlé et fouillé à l’entrée (en France ce serait plutôt à la sortie !).Les autorités ont peur des bombes et des attentats : il y a 2 ou 3 ans, 3 explosions ont eu lieu à 3 endroits de la ville simultanément….
D’ailleurs le dessous de notre voiture est systématiquement contrôlé pour vérifier l’absence de bombe lorsque nous entrons à l’Alliance.

Dans quelques jours ce sera la fête de l’eau – sorte de nouvel an qui ressemble à un grand carnaval : pendant trois jours tout le monde devient fou – on se lance de l’eau, on se déguise, on boit trop, on oublie les interdits, des centaines de scènes en bois sont montées dans les villes et les gens payent pour parader dessus tout le jour en arrosant les passants, et dansent sur la musique des DJs…

le gouvernement approuve cette fête.
Je pense que ces trois jours sont comme une soupape que l’on ouvre pour faire sortir les tensions et les frustrations accumulées dans l’année précédente – une sorte de « fête des fous », avant de retrouver le quotidien.
Chaque année, plusieurs morts : hydrocutions, comas éthyliques, accidents, scènes qui s’écroulent. ; Je ne serais plus là pour la fête mais je n’en suis pas si fâchée…

Un lézard joue ce soir dans la chambre en faisant des gloussements étranges…

3 avril 2008


Mal dormi et du mal à décoller
. 9h30 je suis à l’alliance pour travailler.
J’ai fini de comprendre et mémorisé les deux pièces

. A 13h, *** me rejoint et nous travaillons ensemble sur mes morceaux.
Il a choisi « la valse des ondines » et « she moved through the fair » - la harpe birmane ne peut pas tellement jouer en accords si bien que le travail consiste à apprendre les mélodies puis improviser des motifs…

Il fait une chaleur épouvantable. Hier j’ai appris que nous irions peut être jouer en Alaska pendant la saison 2009…j’ai hâte d’y être !

J’en apprends plus sur le pays en discutant avec des expatriés qui étudient la Birmanie.
Plusieurs ethnies, dont certaines révoltées contre le pouvoir en place qui sont durement réprimées.
Si personne ne bouge c’est que les gens ont peur d’être dénoncés.
La junte à des espions partout même dans le petit bout d’opposition qui subsiste – en toile de fond la prison, et peut être la mort car les prisons birmanes sont un enfer.

A S S K – appelée « la dame », n’est plus qu’une icône et n’agit plus tellement – assignée à résidence elle n’a plus aucune marge de manœuvre. Son quartier est éclairé jour et nuit pour guetter le moindre mouvement.

80% du pays est bouddhiste – 20% de musulmans (certains parqués par la junte à la frontière du Bangladesh), quelques juifs et chrétiens.
La junte s’appuie en réalité beaucoup sur les moines, qu’elle n’hésite pas à corrompre pour qu’ils affichent leur soutien. Ce n’est pas ce que les images de la télévision m’avaient donné à voir.
La plupart des offrandes faites aux pagodes retourne dans les poches du gouvernement.

Les birmans sont profondément croyants et c’est en grande partie ce qui fait que rien ne bouge dans le pays et que ce gouvernement est en place depuis si longtemps – du moins c’est mon sentiment.
Chaque birman doit être moine une fois au cours de sa vie (quelques semaines, quelques mois ou toute la vie)
Le peuple accepte un sort misérable en espérant en une réincarnation meilleure dans une prochaine vie.
Ils sont dans l’acceptation la plus totale de leur sort.
Nombreux sont ceux qui vous diront que ce gouvernement a été « envoyé » en punition de leurs mauvaises actions dans des vies précédentes – tandis que les membres de la junte sont eux récompensés pour des actions bonnes dans des vies antérieures.
Difficile dans ces conditions de faire valoir le moindre argument contraire dans une discussion sensée…

La Chine toute proche, a des vues économiques sur le pays et possède même un port en haute mer sur la côté birmane.
Aussi est elle plus ou moins sympathisante du gouvernement tant qu’elle peut développer son commerce.

J’ai marché environ 5 km ce soir dans les rues depuis l’hôtel – je me retrouve dans un quartier très résidentiel avec des villas luxueuses immenses. La plupart sont entourées de grilles – voire de barbelés avec la mention « diplomatic residence »
Je trouve un restaurant qui sert de la nourriture européenne et birmane…pas d’étranger à l’intérieur mais il ne règne pas du tout la même atmosphère que dans les petits restaurants que j’ai pris l’habitude de fréquenter.
Je crois que ce resto est très cher – environ 4500 kt pour un plat – souvent plus (pizza a 11500 kt) c’est inabordable pour beaucoup de gens.

Je rentre en taxi et c’est toute une aventure. Devant le restaurant une personne est payée ( ?) pour héler les taxis.
Le premier taxi qu’il arrête pour moi ignore totalement où se trouve mon hôtel.
Il négocie toutefois longuement pour m’embarquer tout de même…je monte dans un second taxi !

Quelques extraits du journal birman à la télé, des phrases qu’on retrouve chaque jour dans tous les supports papier et vidéo du pays – cela vous donnera le ton :



Sur MRTV3, une chanson qui sonne comme de la propagande et vante le paysage ancestral de la Birmanie, ses pagodes d’or, la sincérité de ses habitants…la chanson est sous-titrée en anglais :
« Myanmar sentiment sent an example to the world »
“traditional pigmentation is preserved”



4 avril 2008


Hier je n’ai pas petit déjeuné à l’hôtel…cela a préoccupé tout le personnel car, aussi bien à l’accueil qu’au restaurant de l’hôtel, tout le monde s’inquiète de cela.
On me questionne, on me demande si les petits déjeuner me conviennent – les serveurs redoublent d’attention (je n’ose plus respirer) – c’est très gênant comme ce qui était insignifiant pour moi revêt une grande importance pour eux.

*** est aussi professeur de musique à l’université des arts et de la culture et d’après ce que j’ai compris il se penche aussi sur l’archéologie de cette musique traditionnelle.
Il est en tant que professeur employé par l’état.
Souvent on lui a demandé de venir jouer à l’étranger (Etats unis, Australie…) son gouvernement a toujours refusé, sauf une fois en...Corée.
Il faudra que je parle de sa musique aux festivals en Europe pour essayer de l’inviter.

Aujourd’hui règne une ambiance un peu particulière à l’alliance française car ce sont les répétitions de la finale du grand concours de chansons francophones organisé chaque année.
10 chansons françaises au choix – 150 participants entre 12 et 25 ans – pour la finale ils ne sont désormais plus que 20 venus de toute la région de Rangoun et de Mandalay.
Premier prix : un voyage en France !
L’année dernière la gagnante a mis si longtemps à obtenir sont passeport et son visa que le voyage a été annulé.

Des musiciens accompagnent les apprentis chanteurs dans leurs ultimes répétitions sur scène.
Je suis surprise du niveau du groupe qui reprend à la perfection les arrangements et qui assure vraiment bien avec les chanteurs. ; Les pauvres sont restés de 9h du matin à 5h du soir à faire répéter en boucle les mêmes chansons….et ils remettront ça demain. Je n’ose même pas demander combien ils sont payés pour ce travail !
Entendre les « tubes » français sélectionnés chantés avec l’accent birman était très rafraichissant.
Joe le taxi (devenu « joe le tassi » pour l’occasion), j’ai demandé à la lune (la « loune »)

Tout cela se fait en dehors de la question du droit d’auteur évidemment.
Quand j’apprends qu’un CD se vend 1500 kt (1dollar), un Cd piraté autour de 200 kt (15 cents, je comprends mieux que cette notion soit surréaliste ici.

Soirée a l’hôtel.
Je teste un nouveau restaurant plus loin dans le quartier…sushis pas terrible…
Mais surprise, un peu plus loin dans la rue, je découvre une boulangerie française, sorte d’ilot de pâtisseries et de crème dans cet enfer de piments ! Millefeuilles, Paris Brest, éclairs…pour avoir testé c’était plutôt fidèle au goût des originaux made in France…

Dans les rues il y a parfois des montées de musique qui s’échappent de hauts parleurs. Cela provient de camions, desquels dépasse une foule d’ombrelles dorées – d’après ce que j’ai compris, il s’agit d’enfants qui partent pour quelques semaines ou mois au monastère. Ils doivent pour l’occasion se raser la tête.
Beaucoup ne veulent pas partir maintenant car ils manqueront la fête de l’eau !

5 avril 2008


Ai dormi jusqu’à midi…j’ai honte !
Le but de ma journée avant d’aller accomplir ma mission de juré du concours de la chanson (quelle tache ardue !) est de faire le tour des marchés du centre ville. On m’a conseillé le Scott market et le marché indien qui est juste derrière.

Le Scott market est un énorme marché couvert avec des allées aussi a l’extérieur où se mélangent les articles manufacturés (souvent des contrefaçons – sacs – chaussures – vêtements), les petits stands de nourriture (j’ai senti de loin l’odeur du durian, ce fruit que l’on sent parfois dans les rues du quartier chinois a Paris et que je déteste) et les boutiques pour touristes qui présentent l’artisanat local et les bijoux pour lesquels la Birmanie est si connue : perles, pierres précieuses, or, jade…
Comme les bijoux ne m’intéressent pas le moins du monde (et comme le fruit de leur vente va directement dans les poches du gouvernement), je n’ai plus qu’à flâner au hasard des boutiques d’artisanat :
Objets en laque, nacres, marionnettes, bronzes, panneaux de bois et bas reliefs, petites statues…
Les laques sont délicates et charmantes – réalisées sur support d’osier ou de bambou. Je constitue le service à thé le plus hétéroclite de la planète : théière, plateau, tasses et bols en tout genre et de toute les tailles – le tout dans des tons vert.
Ils ont du croire que j’étais folle mais je trouve l’ensemble plutôt réussi.
Ai complété l’assortiment par des cuillères de nacre.

Au détour d’une allée, je suis attirée par une marionnette très différente des autres : c’est un cheval blanc avec une corne et deux grandes ailes blanches.
Elle est très belle. Que peut bien faire une licorne sous ces latitudes ?
Je me suis dit que je devais absolument la ramener vers nos contrées pour qu’elle retrouve les personnages de sa légende : fées, vierges, chevaliers et dragons…

Plus tard en recherchant dans la bibliothèque de l’Alliance j’ai appris que cette licorne faisait partie du théâtre traditionnel de marionnette birman, dont les représentations relatent l’histoire du monde et peuvent durer tout la nuit.
Le cheval blanc ailé appartient au tableau nommé Himawunta (Himalaya) – le tableau de la naissance du nouveau monde après la destruction de l’ancien.
Le cheval ailé est la première créature du nouveau monde. Elle est suivie par l’éléphant blanc, tout un tas d’animaux et un sorcier.
Ensuite viennent les hommes, c'est-à-dire le roi, sa cour et ses valets…*

J’espère que ma licorne ailée pourra revenir se poser en Birmanie pour annoncer bientôt un nouveau monde…

Ai assisté aux réglages de son pour le concert de ce soir – étonnamment les techniciens ont quand même pris le temps d’arriver à un résultat plutôt bon…

Le concours de chansons françaises est organisé sur une grande scène dans les jardins de l’alliance…500 personnes sont venues – étudiants – parents – expatriés.
Je suis bien installée avec les autres membres du jury dont l’ambassadeur de France en Birmanie, des professeurs, le directeur de l‘Alliance et son épouse…
Ambiance de Jury, pas vraiment ma tasse de thé mais il faut jouer mon rôle !
20 candidats, garçons et filles qui ont sorti le grand jeu ! C’est très dur pour moi d’être sévère et je crois que j’ai mis de très bonnes notes à tout le monde.
Je suis impressionnée par la maitrise du français des candidats. Certains, non francophones, ont mémorisé toutes les paroles en phonétique !
Il y a quelques très bons chanteurs.
Le groupe qui accompagnait les chanteurs en herbe a fait un travail extraordinaire de relevé des chansons originales, sans aucune partition. Sur scène ils sont très bons et ont rattrapé au vol plusieurs chanteurs qui glissaient sur des très mauvaises pentes…

Délibérations (houleuses ?) dans le jury et remise des prix.

On m’a dit que je devais rester vigilante en écrivant et publiant ce journal qui à mes yeux parait banal mais qui pourrait être lu et interprété par le gouvernement ou des membres de l’ambassade. Je pourrais être blacklistée et interdite dans le pays.
Plus grave, les gens ayant travaillé avec moi pourraient être inquiétés.
Que faire alors ?

C’est vrai qu’il est très facile d’oublier que le pays va mal lorsqu’on est un occidental sur place : vie facile et pas chère – sourires – accueil – de grands arbres et des fleurs magnifiques – tout le monde se plie en quatre pour vous et pour quelques dollars – l’armée est peu visible (j’ai vu un seul fusil pour l’instant).
Toutefois j’ai ce malaise en moi depuis le début du séjour que je ne parviens pas à écarter. Ni le soleil, ni les pagodes magnifiques, les tissus multicolores, la nature luxuriante, les orchidées les plus belles, ne peuvent me l’enlever.
Je n’arrive pas à être là en touriste et me contenter de l’exotisme et du dépaysement.
Les artistes ont peut être le don précieux de se mettre au diapason des endroits qu’ils traversent : les vibrations mauvaises ne me quittent que rarement, comme un oiseau de malheur qui assombrit mon séjour. Il y a tant de sujets sur lesquels se révolter.

A l’alliance française on essaye d’améliorer les choses par la culture : cours de français, animations, concerts…un peu d’ouverture au monde, de petites gouttes d’eau dans la mer ; suffisantes pour se faire détester du gouvernement.

A l’American center on milite plus durement : cours de journalisme, d’histoire, discussions politiques…Mieux vaut ne pas avoir la carte de ce centre sur soi quand on se fait arrêter.
D’autres gouttes d’eau qui finiront peut être par payer.

La junte vient de renvoyer le représentant de l’ONU, ainsi que la croix rouge.
Aucune limite dans leurs décisions : la diplomatie, les relations internationales sont le dernier de leurs soucis – il n’y a rien qui ne se fasse pas…les pleins pouvoirs.

Je regarde les jeunes qui viennent prendre des cours à l’Alliance, ou ceux qui participent au concours de la chanson – ils sont comme n’importe quel jeune du reste du monde.
Ils discutent autour d’un thé » et d’un sandwich, portent des jeans et des tee shirt, ont surement des rêves et des amours plein la tête.
C’est la jeunesse dorée d’ici.
Ils sont nés en Birmanie et n’ont connu que ce régime.
Combien pourront voyager librement, être libres de leurs faits et gestes, libres de leurs paroles ? Connaitront-ils une presse sans censure ? Quel aurait été leur destin s’ils étaient nés ailleurs ?
Ont-ils envie de voir changer les choses ?
Qu’est ce qui les différencie de moi ?

Après le concours, moi et les concurrents venus de Mandalay, leur professeur de français, les musiciens – qui logent tous à mon hôtel – nous mettons en quête d’un restaurant – couvre feu officiel oblige, tout ferme à 23h et nous tentons de prendre des taxis pour diner dans le quartier chinois qui fait exception à la règle.

Les taxis tentent de nous faire monter à 8 par voiture….

Dîner sur des minuscules chaises en plastique sur le trottoir. Les filles de Mandalay boudent un peu leur bol de nouilles chinoises.
Des odeurs montent de partout : cuisines, petite gargote de brochettes et de tripes installée sur le trottoir du restaurant, ordures, diesel des pots d’échappement.

J’ai beaucoup discuté avec *** qui m’en apprend plus sur le regard porté sur les étrangers ici – il faut dire que nous n’envoyons pas toujours les plus dignes représentants du monde occidental : le tourisme sexuel reste un cliché ci et choque les habitants. )
Elle souffre d’être toujours considérée comme une étrangère, même avec un mari birman et des enfants nés dans le pays.
Les birmans lui parlent toujours avec une certaine réserve, en mettant de la distance entre elle et eux. Elle n’a pas réussi à nouer une relation vraie d’amitié, toujours cette barrière invisible qui apparait.

Elle me dit aussi que les birmans revenant de l’étranger, de France par exemple – n’en ont pas forcement un bon souvenir.
En réalité, beaucoup sont plutôt soulagés de rentrer au pays après avoir été choqués par notre mode de vie.
Cela m’a rassurée : c’est toujours plus facile de saisir les disfonctionnements chez l’autre que chez soi.
Je comprends que certains aspects de notre mode de vie et de nos comportements puissent choquer…il y a une certaine violence dans le quotidien quand on découvre la vie à Paris.
Notre mode de consommation et notre individualisme doit aussi les interroger beaucoup.

Je suis contente de cette conversation.
Cela évite cette fâcheuse tendance que nous avons à critiquer l ‘autre et de vouloir changer le monde pour lui.
Tout ne va mas si mal si les birmans aiment vivre chez eux.

6 avril 2008


L’Alliance est déserte ce matin quand j’arrive.
Dernière répétition en solo puis avec HWM.

Je veux prendre le temps de régler finement notre son….je suis très contente des réglages que j’ai réussi à faire pour que les deux harpes puissent s’exprimer à égalité.

Beaucoup de monde au concert et une chaleur incroyable…je n’ai jamais eu aussi chaud sur une scène. Je sui en nage à la fin du spectacle mais heureuse car il y a eu vraiment beaucoup de monde, des expatriés mais aussi beaucoup de birmans.

J’ai signé plein d’autographes et discuté avec tout le monde…j’ai même eu une conversation surréaliste avec une femme birmane…en allemand !
Je suis bien heureuse de n’avoir pas tout oublié de cette langue apprise au lycée…J’aimerai, si je pouvais choisir un don ou un pouvoir, recevoir celui de parler toutes les langues…

La télévision birmane (une chaine privée) est même venue pour filmer le concert et nous interviewer

*** est vraiment la relève de la harpe traditionnelle birmane.
Il perpétue les thèmes traditionnels mais innove en amenant des variations, des accords ; il compose et propose un jeu moderne qui, m’a-t-on dit, a surprit les auditeurs locaux…

Diner au *** avec l’équipe de l’alliance, l’ambassadeur de France et l’ambassadeur d’Allemagne. Les petits plats dans les grands.

Discussions autour de l’embargo fait par l’Europe sur le bois birman. (Le teck est l’une des principales ressources du pays)…
celui-ci a pour l’instant plutôt pénalisé les habitants (des milliers de birmans au chômage technique dans le domaine de la fabrication des meubles en teck) que la junte qui continu à toucher sa dîme sur la production de bois qui maintenant part directement - et parfois sous le manteau – en Chine.

Je découvre que le directeur de l’alliance française est un féru de jeux de rôles et il est très intéressé par le festival « Elf fantasy fair » dans lequel je vais jouer dans quelques jours aux Pays Bas…Il tente d’expliquer le principe des jeux de rôle à l’ambassadeur…

Deux directeurs d’écoles de musique de Rangoun sont aussi présents au repas ; une femme et un homme qui ont chacun monté leur école.
Musique classique et variétés…il faut, je pense beaucoup de foi et de courage pour monter un tel projet dans le pays quand on connait sa situation.

7 avril 2008


Départ pour Mandalay à l’aurore.
Aéroport de Yangon, vols intérieurs.

Notre jeune compagnie, Air Bagan, possède 8 avions et …14 000 employés.
Je m’interroge sur la nationalisé des pilotes.

Check in très comique : dans un pays si policé et encadré, c’est un comble de pouvoir enregistrer ses bagages et passer touts les contrôles si rapidement…en tout 10 minutes pour récupérer les cartes d’embarquement, faire enregistrer les bagages et se rendre dans le hall…nous sommes a peine fouillé et les bagages ne sont presque pas contrôlés.

Arrivée à Mandalay vers 10h. Deux voitures nous attendent pour une longue route vers la ville.

Sur la route, des pagodes, des paysans penchés dans les champs qui donne une image tout droit sortie du moyen âge, des travaux sur la route…beaucoup de cyclomoteurs et vélos, des véhicules en tout genre. Des cabanes, des marchands d’oiseaux bariolés en plastique sur leurs vélos, des arbres gigantesques sur lesquels on a placardé des affiches, de grandes publicités, et enfin l’agitation du centre ville : concert de klaxons. foule, bruit, poussière.

Le climat de Mandalay est violent : chaud et sec.
C’est une grande ville, dont le commerce majoritairement tenue par les chinois.

On voit plus de femmes dans des tenues « traditionnelles » qu’à Yangon. Elles arborent un maquillage très typique : elles peignent leurs joues en blanc avec une pâte protectrice et décorative.

Installation au YMCA qui est aussi le centre de cours de français et de musique.
Nous jouerons sous une halle dans une chaleur étouffante.
Le concert sera très difficile : chaleur, bruits de la rue toute proche, son beaucoup moins bon que la veille…tout un ensemble qui ajouté à la fatigue me laisse un gout plus amer en descendant de scène….

Diner dans un restaurant en plein air au bord de la rivière avec l’équipe du YMCA qui m’a offert une marionnette (Mandalay est LA ville des marionnettes).

Le restaurant fait aussi karaoké : des filles, payées pour chanter, un orchestre qui reprend mollement les tubes du moment.
Des hommes attablés louchent sur les filles et achètent des guirlandes de toutes les couleurs pour récompenser leurs chanteuses préférées.
C’est assez pathétique finalement.

Le dernier soir, *** nous a avoué qu’il n’avait pas averti son gouvernement, ses supérieurs, du travail que nous avons fait ensemble – j’ai le vertige d’imaginer ce qui pourrait arriver. Il a pris un vrai risque ; les organisateurs lui ont pourtant maintes fois rappelé de prendre ses précautions avec son gouvernement.
Il attendait tellement de cette rencontre qu’il a préféré se taire plutôt que de se la voir interdire. …Tellement que je ne me sens pas à la hauteur des conséquences potentielles.
Il court le risque d’être interdit de scène pendant plusieurs mois (c’est arrivé au précédent groupe birman qui a travaillé avec des français) ou pire, de perdre son poste d’enseignant..

On me dit que le fait que le travail n’ait pas beaucoup de valeur dans le pays n’est pas si mal car cela favorise le plein emploi.
(d’où les 12 employés pour le petit déjeuner à l’hôtel, les dizaines de personnes qui sont toujours prêtes à vous rendre service au restaurant – porteuses d’ombrelle, serveurs qui vous ouvrent le chemin, porteurs dans les aéroports…)
Chacun d’entre eux travaille pour environ 1500 kt (1 dollar) par jour – parfois ils seront aussi logés et nourris, parfois non.
Les pourboires seront partagés équitablement (cela m’a rassurée car j’ai parfois donné à certains et pas à d’autres !)
On a transposé en ville un modèle économique de la campagne où chacun ramène une petite somme à la communauté dans laquelle on partage tout.
Pourquoi pas ? Mais je trouve ces salaires ridicules, même ici.

Ce modèle peut fonctionner plus ou moins tant qu’il n’existe pas sentiment lié à la propriété ou de convoitise...
C’est déjà un peu tard : on sent un vrai attrait pour les quelques dollars que les touristes peuvent laisser en pourboire et les jeunes sont attirés par les mêmes choses que partout ailleurs : vêtements, maquillage, portables, chacun aimerait posséder une belle voiture…
les panneaux publicitaires sont là, de plus en présents, avec leurs belles images occidentales, quand ce n’est pas la télévision qui donne à voir tout ce qu’il est possible d’acheter sur cette terre…
L’envie d’avoir de l’argent à soi est déjà installée et il se peut que d’ici quelques mois les habitants d’ici découvrent aussi la colère et mettent fin a ce modèle communautaire.

Nous n’envoyons pas vraiment le meilleur de l’occident dans ce pays et l’idéal qui est projeté par la télévision et la publicité est trop violent et rapide par rapport à la réalité de la vie sur place.

Pour l’instant tout change doucement ; tout va s’accélérer…bien ou mal ?

8 Avril 2008


vol Mandalay – Yangon
douane et check in.

On a essayé de me faire payer une taxe pour sortir ma harpe du pays !
J’ai bataillé ferme contre les douaniers.

Second avion à Yangon – destination Singapour – quelques heures réglementaires de retard Singapour – vol de 13h pour Paris.

9 Avril 2009


Aéroport Roissy – Charles de Gaulle

Je tiens ma licorne dans la main.
Paris ce matin est glacé. Je suis fatiguée et un peu déboussolée : tant de gens en noir, tant de colère et de personnes impolies.
J’ai porté tout seule mes bagages et trainé la harpe tant bien que mal jusqu’à la sortie.
Bienvenue à la maison...

Un matin, en me rendant à pied à l’Alliance française, je suis passée devant une luxueuse villa bordée de barbelés et de grilles devant laquelle un ours brun tournait comme un fou dans sa cage…un féroce et improbable gardien pour un propriétaire surement paranoïaque.
Pendant tout mon séjour en Birmanie, j’ai été comme cet ours brun : étrangère, pas à ma place et souvent furieuse, tournant dans ma cage invisible, voulant changer le monde et m’y résignant l’instant d’après.
J’ai aussi vécu des moments merveilleux de partage de musique et d’amitié.
J’espère ne pas oublier trop vite la foule des sentiments éprouvés ici, quand je serais revenue et à nouveau embarquée dans le train fou de ma vie…

Sites sur la Birmanie :

http://www.birmanie.net
http://www.info-birmanie.org
http://www.freeburma.org
http://www.freeburmacoalition.org



25 avril 2008
Tour Australie 2008


27 février


Départ de Roissy.
Un vol de 12h en direction de Singapour où nous attend un second avion…nous avons eu beaucoup de chance à l’embarquement avec les instruments qui pourtant étaient en surpoids monumental : la compagnie ne nous a rien facturé !

Mer noire, mer caspienne, Afghanistan, Inde… J’aimerai bien un jour pouvoir connaitre ces endroits sans les survoler à 800 km/h et 10 000 m d’altitude…juste prendre le temps pour voyager et ressentir les distances à échelle humaine…un voyage en voiture ?
Il faudra réfléchir à cela et à la manière dont la harpe pourrait m’y accompagner.

3h d’escale à Singapour – 28°

Vol qantas pour Adelaïde…horrible, je n’ai pas fermé l’œil, avion bruyant et hôtesses pas très sympathiques…de quoi donner envie de faire demi -tour.
Ce sera le même calvaire à l’arrivée au moment de la location de la voiture dont nous avons besoin pour toute la tournée. Tout est si protocolaire que cela paralyse les relations entre les gens.

29 février


Enfin, à 10h du matin, nous sommes en route vers notre premier point de chute, un peu de repos en vue avant le premier concert ce soir !

J’ai réalisé que les avions et les aéroports étaient les pires endroits au monde au niveau de la liberté et du respect des individualités.

Sans même parler des contrôles imposés par mesure de sécurité, ni des formalités douanières et autres vérifications (êtes vous un criminel ? amenez vous des fruits ou de la terre sur le sol australien ? avez-vous été dans une ferme au cours des 30 derniers jours ( !) ? avez vous déjà visité un pays d’Afrique ? transportez vous des explosifs ? et la tuberculose, l’avez-vous eu ? Transportez-vous des escargots ou des coquillages ?…autant de questions vitales auxquelles il faut répondre sans broncher si on veut rentrer sur le territoire australien…)
Dans les avions et les aéroports tout est fait pour parquer, diriger, cadrer les êtres dans leurs déplacements ou leurs envies : le repas à bord de l’avion sera pris à telle heure, et qu’importe si vous n’avez pas faim ou si vous dormez comme un loir, vous consommerez tel film, vous regarderez les objets proposés dans le duty free – vous boirez un thé ou une autre boisson chaude à telle heure – attachez vos ceintures, abaissez vos accoudoirs, prenez cet escalator, suivez cette flèche, terminal 2, mangez dans ce restaurant mis sur votre route (le seul du terminal, le même qu’à Chicago ou Paris…) passez devant nos magasins selon un chemin étudié, faites la queue, patientez, prenez un numéro et attendez qu’on vous appelle. Boarding pass svp ? Passeport ? Pourquoi venez-vous en Australie ? Faire de la musique ? Avez vous quelque chose à déclarer ? (alcool ? cigarettes ? morceau de terre accroché à vos chaussures ? fruits ?) …Merci et bienvenue à Adelaïde !
J’ai été choquée de faire partie de cette fourmilière, de cette grande danse où nos moindres décisions et déplacements sont orchestrés…
Moi qui entreprend ces voyages avec en tête l’idée que je peux toucher du doigt ma liberté, j’en ai saisi les limites chaque instant de notre voyage australien.
A l’arrivée, heureusement tout change et nous reprenons petit à petit visage humain et notre droit à décider de notre emploi du temps.

Concert au CAOS café
Un drôle d’endroit et tout un bazar aussi cette série de concerts dans le cadre du festival fringe d’Adelaïde.
Le fringe est un grand rendez vous où des centaines de concerts et de spectacles ont lieu chaque soir pendant trois semaines dans toute la ville.
Je n’en dirai pas beaucoup plus sur les protocoles (décidemment très protocolaire l’Australie…) : s’inscrire, annoncer, vendre les tickets en ligne, collecter les tickets chaque jour, rémunérer des intermédiaires qu’on ignorait, tout ça pour gagner le doit de faire partie de l’évènement…beaucoup de bruit pour rien.

Passons sur cette partie peu romantique de l’organisation pour parler des concerts eux mêmes...
public très chaleureux et sympa dans cet endroit qui ressemble à un grand pub. Le lieu accueille des concerts pour le moins éclectiques pendant la durée du fringe.
Le concert se passe bien. Nous sommes contents mais terrassés par la fatigue.

1er mars


Réveil à 6h39…si seulement je pouvais me lever si tôt en France ! La maison est endormie, il n’y plus qu’à attendre que tout le monde se lève.

A midi nous faisons un tour au central market, le grand marché couvert de la ville, pour annoncer les concerts du week end. Nous avons joué quelques morceaux sur une scène de fortune.
On trouve à central market à peu près tout se qui se mange ou se boit sur cette terre…

Concert Caos cafe le soir
Pas envie d’en dire beaucoup sur cette soirée sinon que l’ingénieur du son avait juré notre perte. Il a été notre ennemi invisible pendant toute la durée du concert.
Nous préférons qu’il ne revienne pas le lendemain !
La jeune chanteuse Siobhan Owen chante deux chansons galloises à la fin de notre concert.

Dimanche 2 mars


Un peu sur les chapeaux de roue : j’enchaine mon workshop à l’alliance française et le concert de l’après midi au caos café.
Une radio de Canberra est venue enregistrer le concert.



Là où nous résidons, tout est luxuriant. Chaque maison à son propre jardin. La végétation est plus belle et plus verte partout où l’on pose le regard.
Je soupçonne une concurrence entre voisins dans le soin apporté à l’apparence extérieure des maisons…
On peut voir là dedans un amour particulier pour la nature, mais en y réfléchissant un peu, je me suis rendue compte qu’il n’y avait rien d’écologique dans tout ça : aucun tri sélectif dans toute la ville, des voitures qui consomment énormément (2 ou 3 voitures au minimum par maison, gros 4X4 polluants pour la plupart), pas d’énergie solaire alors que l’ensoleillement est maximum, une consommation d’eau complètement déraisonnable et non maitrisée (nous avons vu un homme dont le sport préféré avait l’air d’être l’arrosage continu de la parcelle de pelouse située sur le trottoir devant sa maison…)
J’ai lu que l’Australie connaissait de gros problèmes de sécheresse, que la couche d’ozone y était très dégradée et qu’ils avaient désormais dépassé les Etats Unis en matière de pollution…
les gens semblent dans une totale inconscience de tout cela autour de nous.

Cela ne nous a pas empêché de faire connaissance dans la soirée, après le repas du soir sur la terrasse, avec un charmant opossum qui habite la toiture de la maison.
C’est une bestiole rigolote à mi chemin entre le loir et l’écureuil…

Lundi 3 mars


Le dernier concert au Caos Cafe…
Aventures dans une pharmacie.
Grand barbecue le soir.

Mardi 4 mars


Balade dans le quartier de Norwood.

Escapade à Cleland, le parc naturel près duquel j’étais logée lors de mon premier séjour à Adelaide. Les Waterfalls…la sécheresse se fait sentir : il n’y presque plus d’eau là bas.

Interview sur radio Adelaide.

Diner au Grimaldi avec tout le monde et de vieux amis de l’année dernière.

Cette nuit j’ai fait un rêve étrange : un parc plein d’eucalyptus et de grands arbres secs. Des visages dessinés à la craie sur l’un d’entre eux. Visages ovales avec juste la marque des yeux et un trait pour la bouche. Ces visages sont les âmes de personnes disparues.
Il y avait une femme qui savait les reconnaitre et les retrouver en regardant les visages…

Mercredi 5 mars


La journée passée à courir pour réunir le matériel de son nécessaire pour le concert que nous donnons ce soir à l’alliance française.
Il aura lieu au meeting Hall – derrière le city hall – un temple méthodiste reconverti en salle de concert pour l’occasion.

Concert plutôt intime pour les membres de l’Alliance française suivi d’un dîner très sympa avec la famille du directeur et le président de l’Alliance.

Jeudi 6 mars


Il fait de plus en plus chaud…pour un début d’automne c’est très étonnant nous a-t-dit. Plus de 37°.
Nous rejouons a central market et rendons le matériel de son emprunté la veille.

Concert le soir à Trinity church.
C’est un très bel endroit sur Goodwood.
Le son est parfait. L’église pleine à craquer. Tout le monde a réservé sa place.
Un concert en deux parties – ce que je trouve plus fatiguant.
Cela nous a fait du bien de ressentir l’échange d’énergie fort entre nous et le public ; cela avait un peu manqué au Caos Cafe mais je pense que le lieu y était pour beaucoup.



En fond sonore avant le spectacle l’ingénieur du son avait choisi Loreena McKennit (dont la musique me poursuit jusqu’en Australie) et Clannad, qui est décidemment un des mes groupes préférés.
Hier soir c’est le groupe de musique traditionnelle québécois « genticorum » qui nous a précédé sur scène.

Nous nous couchons assez tard et il faut dormir quand même car nous partons tôt demain.

Vendredi 7 mars


Départ à 6h30

route vers Port Fairy – 600km en 7h…c’est la théorie – une highway qui s’avère souvent limitée à 80km/h et qui traverse de petits bourgs.

L’aventure pointe son nez. Des paysages de campagne : fermes et champs à perte de vue. Tout est sec- des vaches et des moutons – des forêts et des panneaux qui nous demandent de faire attention aux koalas…

Nous nous arrêtons vers 9h dans une station au bord de la route – c’est un autre monde – bien loin de la grande vile d’Adelaide : des affiches pour le spectacle de rodéo local, une tête de taureau empaillée au mur, un comptoir hors d’âge, des sucreries et de magazines qui attendent des clients depuis longtemps…



Après quelques aventures dans un fast food nous sommes à Port Fairy en début d’après midi.

C’est un petit village qui a du être un village de pêcheurs quelques minuscules maisons de pierre datant du XIXème siècle et beaucoup de résidences secondaires très design qui doivent valoir une fortune.
L’hiver le village doit être quasi désert mais pour le festival la moindre parcelle de terrain est occupée par des tentes ou des caravanes ; toutes les chambres d’hôtel sont réservées.
Il y a de grandes plages de sable fin, des rochers noirs, des dunes à n’en plus finir et de grosses vagues toutes blanches qui déferlent.
En une petite heure on peut faire le tour du village, une ou deux rues principales dans lesquelles se trouvent les commerces.

Le village s’est mis à l’heure du festival, tout est ouvert et bourdonne comme une ruche de toutes les couleurs. Des festivaliers de tous les âges…certains trimbalent leur siège pliant pour assister aux concerts.
Nos concerts auront lieu dans l’enceinte du festival - ce soir sur la grande scène et dimanche à l’église St John et au St Pat’s hall.

Ce festival est tellement gigantesque qu’il y a tout un protocole pour s’enregistrer à l’entrée, se garer, laisser, ranger les instruments etc.…j’avoue que nous n’en suivons que les grandes lignes.

Nous dormons dans un bed et breakfast tout près de la mer chez des hôtes charmants.



Concert stage 5 le soir à 9h20.
Horaires très précis et balance éclair – du jamais vu : 10 minutes pour chaque groupe pour régler le son avant de jouer – une horloge sur scène pour ne pas « déborder »...De quoi devenir fou mais nous nous en sortons sans trop de dégâts. La scène est immense et je pense qu’il y avait un bon millier de personnes pour nous écouter.
J’aurai quand même préféré créer un joli son avant de jouer ; tout va si vite dans ce festival.
Les groupes s’enchainent (‘une centaine de performers au moins et pleins de scènes) c’est dans l’air du temps de ne pas prendre le temps et de consommer la musique…

8 mars


Workshop
j’ai naïvement pensé que ce workshop serait le rdv de quelques harpistes ou musiciens qui souhaiteraient apprendre quelques airs, comme c’est toujours le cas lorsque je donne des stages ou masterclass.
En fait nous nous retrouvons devant une audience d’une centaine de personnes qui attendent de moi je leur raconte la Bretagne et la musique bretonne…1h d’improvisation totale sur ce thème !

Toute l’après midi est libre – balade sur la plage.
Nous jetons une oreille sur le reste de la programmation. Beaucoup de country et de bluegrass – quelques groupes internationaux mais essentiellement des musiciens australiens et américains.



Nous nous sommes baladés sur les stands des luthiers. J’ai du mal à retenir les musiciens. Peu de harpe – je crois qu’il y avait deux luthiers sur le festival et j’ai retrouvé la carte de l’un d’entre eux dans la boite de ma harpe.

Le soir nous nous asseyons sur la plage devant un ciel plein d’étoiles – ciel noir – sable blanc, et au loin la mer qui gronde – des milliers d’étoiles que nous ne voyons jamais dans notre ciel du nord…

Dimanche 9 mars


2 concerts aujourd’hui

le premier à lieu en début d’après midi dans l’église St John.
Belle église bien fraîche en comparaison de la chaleur accablante qui règne dehors.
C’est très agréable d’avoir le temps de faire une balance !

Nous avons laissé trop peu de Cd à la boutique du festival et ils sont déjà sold out.
Un grand panneau invite tout le monde à en commander.

Dernier concert ce soir au St Pat’s Hall pour le concert « Celtic Colors » en compagnie de quatre autres artistes dont Alesa Lajana, Gibb Todd et Genticorum, les québécois qui nous avaient précédés à Adelaide.
C’est un superbe moment avec le public car nous avons réussi un rappel (« encore » comme on l’appelle ici) – ce qui est parait-il très rare sur le festival – le public étaient debout.

Lundi 10 mars


Départ vers midi pour l’étape suivante : Melbourne.
Nous avons longtemps hésité à emprunter la great ocean road qui serpente entre Port Fairy et Melbourne en longeant la côte : 6 heures de route pour 300km…nous optons plutôt pour la highway.



les trois jours passés à Melbourne ne seront pas parmi les meilleurs souvenirs de voyage. La ville est moins charmante qu’Adelaide et nous logeons dans un quartier un peu morne.

Le seul souvenir memorable est celui d’une baignade tout habillés sur la plage de St Kilda en plein après midi : il faisait si beau et la mer était si belle que c’était impossible de résister.
St Kilda est une sorte de promenade des anglais avec des palmiers et des attractions pour les touristes.

Concert feutré au Northcote social club – quartier de Northcote – une jolie petite salle chaleureuse et un accueil vraiment sympa du public.

Melbourne aura aussi été l’occasion de quelques émissions de radio sur SBS et ABC, deux radios nationales…

Je suis très surprise par ce que les architectes contemporains osent à Melbourne.
Peut être est ce du à la jeunesse de ce pays. Tous les fantasmes architecturaux sont permis...la pyramide du Louvre a l’air d’une vieille dame bien sage à côté de ce que j’ai pu voir à Melbourne.
Je n’aime pas tout mais c’est rassurant de voir toute cette créativité…



13 mars


Départ pour Yackandandah – une petite ville dont le nom à la sonorité étrange ne dit pas grand-chose aux gens que nous avons croisés depuis Adelaide.
300km environ au nord est de Melbourne dans les montagnes.
Il fait très très chaud.

Déjeuner dans une petite ville à mi chemin. 1 seule rue principale qui réunit tous les commerces.
Tout le monde doit se connaitre ici.
La sensation d’être au milieu de nulle part.
Qu’est ce qui a motivé les migrants de s’établir ici plutôt qu’ailleurs ?

Yackandandah –
Nous sommes ici dans « les alpes » (en réalité un paysage de collines boisées qui rappelle plutôt le Jura).
Petite ville de far West nichée au cœur des collines : une seule rue principale, des enseignes en bois, un parfum de western.
La ville organise un festival folk chaque année et s’est pour l’occasion parée de centaines de drapeaux arc en ciel et de fanions de toutes les couleurs…très 70’s.

Nous attendons nos hôtes pour nous installer.
Après quelques heures passées à la terrasse de la boulangerie locale à boire du thé et à lutter contre la chaleur oppressante, cette ville m’évoque de plus en plus l’atmosphère qui règne dans le film « the wickerman » - un film au climat très particulier qui se déroule sur une île au large des côtes anglaises. (le Film de 1973, pas la version récente) : boutiques désuètes et étranges, flacons en verre dans la pharmacie, antiquité, boutique de sorcières (pierres, herbes et autres charmes), personnes très accueillantes qui ont toues l’air de se connaitre...

18h
Il est temps d’aller découvrir l’endroit où nous serons logés pendant le festival….une belle surprise :
la maison est située dans les collines en dehors de la ville, en pleine nature.
Grand jardin rempli de fleurs, maison immense, des chevaux dans les prés, une vache dont le veau tout noir vient de naître il y a deux jours…c’est un petit bout de paradis.
Notre hôte Roselyne, est merveilleusement accueillante.
Dîner sous le soleil couchant dans les collines.



14 mars


1er jour du festival.
Nous jouerons seulement ce soir. Toujours ce même mode de programmation dans lequel les groupes jouent une poignée de minutes.
Concert au Public Hall – programme folk et bluegrass – la guitare est reine – les « songwriters » sont au cœur du festival. Nous sommes très bien accueillis.
Nous sommes un peu passés pour des maniaques avec notre désir de faire un soundcheck de quelques minutes (précieuses) avant de jouer… ici ce n’est pas dans les mœurs ; les musiciens découvrent leur son pendant les premières chansons.
Nous devons être perçus comme des perfectionnistes – ou des fous français – avec nos désirs et recommandations passées à l’ingénieur du son avant de jouer…plus difficile de régler le son de notre trio qu’un show guitare-voix…

La ville a édité un petit journal avec le programme du festival aujourd’hui – il est distribué dans toute la ville...
Quelle surprise de découvrir ma photo en grand sur la couverture – du coup je ne peux plus circuler aussi discrètement dans la rue principale.

15 mars


3 concerts aujourd’hui !

Le premier a lieu dans la plus petite salle de concert au monde (!!!) un endroit appelé « court house » - le tribunal – surement plus en service aujourd’hui – un tribunal en miniature – comme celui d’une maison de poupée. Facile d’imaginer des tas d’histoires très rocambolesques en se projetant dans le passé de ce tribunal de western.
La salle est remplie à ras bord. Nous avons le droit à un rappel !

Second concert à l’heure du déjeuner.
Un concert thématique intitulé « only a woman » et pour lequel je joue en solo avec 5 autres femmes.
J’avoue que je n’ai pas totalement joué le jeu de ce concert qui aurait voulu que je reste sur scène avec tout le monde pendant toute la durée du concert (2h) pour jouer seulement 20 minutes…
Après avoir joué mes morceaux je suis sortie de scène...!
j’aime bien les rencontres artistiques mais pas ce concept assez scolaire qui m’évoque un catéchisme niais où chacun prend la parole après l’autre et écoute l’autre – en plus il faisait une chaleur à mourir sur scène…

troisieme concert au public Hall. le public debout. nous sommes très heureux d'avoir fini cette aventure australienne par ce rendez vous.
Dommage que nous n'ayons plus de diques depuis port Fairy...les gens prennent commande pour l'année prochaine !

16 mars


3h du matin – trajet pour Melbourne

rendre la voiture, prendre un avion,puis un second…Paris

26 decembre 2007
Decembre en Allemagne...



30 novembre

Route vers les pays bas – destination Rotterdam
Nous n’avons malheureusement pas eu le temps de découvrir le vrai visage de cette ville mais l’impression qui me reste est celle d’un mélange réussi entre ancien et moderne
…hauts buildings aux façades argentées côtoient des canaux où dorment des bateaux en bois tout droits sortis d’un autre âge…de quoi rêver à des destinations lointaines et exotiques…Rotterdam a été, et est toujours un port de toute première importance…
En regardant ces bateaux je les imagine en partance pour l’orient – à la recherche d’épices ou de merveilles à ramener dans le vieux monde…

combien de fantômes du passé dorment dans cette ville ? Surement au moins un car ma chambre d’hôtel était hantée d’une étrange présence cette nuit…

De Doelen, la salle où nous jouons avec le quintet, est un immense centre culturel.
La salle est bondée et je pense que nous avons donné notre meilleur concert de l’année ce soir – le public, le son et notre ingénieur du son y étaient pour beaucoup –



j’espère pouvoir revenir bientôt !

november 30

On the road to the netherlands – to rotterdam
Sadly we don’t have time to see the true face of this town but I do feel they managed to mix modern and ancient… high silver buildings, canals where wooden boats from an other time are resting...
it makes you dream about exotic destinations faraway... Rotterdam was, and still is, an important port.
When i look at these ships I imagine them leaving for the orient, seeking spices or wonders to bring back in the old world.. how many ghosts of the past are sleeping in this town? One at least, since my hotel room was haunted with a strange presence that night...

De Doelen, the venue where we are performing as a quintet, is a huge cultural centre. Le hall is packed and I think we gave our best concert of the year tonight – the audience, the sound engineer have a lot to do with it – I hope we can come back soon !


1er décembre

Nous continuons en trio vers l’Allemagne – 400 km en direction de Brème – un soleil bas d’hiver réchauffe de sa lumière pâle et rasante des prés verts dans lesquels les maisons et les moutons sont comme posés…c’est un visage de plaine très apaisant sous cette lumière dorée.

Le plus dur quand on voyage ainsi est de rester à peine 24 h dans une ville et d’essayer de la comprendre en un clin d’œil... ; je suis souvent frustrée de n’avoir pas le temps de découvrir les endroits dans lesquels nous jouons mais j’aime essayer d’être attentive à ressentir l’essence et l’âme des cités traversées…

Nous déjeunons à Brème, dont le centre ville s’est mis entièrement à l’heure de Noël…boutiques…décorations, parfums de pain d’épice et de vin chaud…c’est presque trop…les rues sont bondées – on se croirait dans une sorte de dessin animé de Noël.



Nous jouons à Osterholz Sharmbeck, une petite ville à une vingtaine de km – la salle est toute en bois…

Malgré quelques mauvais tours que la harpe me joue pendant le concert (pourquoi ne veut-elle pas rester accordée ce soir ?), le concert se passe bien

On ressent la fatigue de jours passés sur la route et elle s’abat sur nous subitement dans la soirée
il y a eu de la tempête cette nuit.

december 1

We carry on driving to germany as a trio – 400km to Bremen –the low winter sun warms up the pale fields where houses and sheep look like little toys.. this flatlands landscape is very soothing under the golden light.

The hardest when travelling this way is to stay for a single day in a town and to try and understand it in a flash.. i’m often frustrated not to have time to discover the places we are performing in but I like being aware of the soul and essence of every city we cross.

Lunch in Bremen – it is the advent of Christmas here –shops, decorations, flavours of gingerbread and mulled wine.. it is almost too much... The streets are packed – we feel like we are in a cartoon
We are performing in Osterholz Sharmbeck, small town 20 km from Bremen , in a wooden concert hall.
Despite the few tricks my harp kept on playing to me ( why couldn’t it stay in tune tonight ?) the concert was fine.
We are tired from the days spent on the road and feel suddenly exhausted in the evening. It was a stormy night.


2 décembre

220 km au sud pour rejoindre Exertal près de Bielefeld.
Après des km sous la pluie battante et sur une route assez belle, nous voici sur une route de montagne qui semble interminable, guettant à chaque seconde l’apparition du château dans lequel nous devons jouer.

Le voici enfin – une petite citadelle qui se dresse sur un piton rocheux – Burg Sternberg. Le lieu a été entièrement restauré et nous apprenons qu’il est dédié à la musique (école et concerts)
Pendant des années, une famille de musiciens et de luthiers y a vécu et enseigné une façon de « vivre » la musique. Cette famille a marqué les esprits dans la région et on s’efforce de perpétuer leur travail dans le château.



Nous donnons un concert assez intime, presque acoustique et c’est très agréable d’être aussi connecté au son des instruments.

Sabine, qui fait vivre le lieu est une hôte dynamique et gentille.
nous passons la nuit au château.

december 2

220km south to Exertal, near Bielefeld. After hours under a lashing rain, here we are on an apparently endless mountain road, watching out at every second for the castle in we will perform.

Here it is at last – a smal citadel on a rocky peak – Burg Sternberg.
The place was entirely restored and we learn it is dedicated to music, music teaching and concerts. For years, a musician and instrument maker family lived there and taught a original way of life, through music. This family marked the spirits in the region and people try and perpetuate their work in the castle.
We gave an intimate, unplugged concert and it is very pleasant to be so connected to the instruments’ sound.
Sabine, in charge of the place, is a nice and dynamic hostess.. we spent the night in the castle.


3 décembre

Route vers Trier.
Entre les bouchons (deux heures bloqués sur la route), la pluie et les travaux, c’est le pire trajet que j’ai jamais fait de ma vie…

nous jouons dans un cabaret très « chic » au dessus du casino, « le chat noir »…jolie scène et ambiance chaleureuse. Un bon concert malgré la journée cauchemardesque passée sur la route
étonnant comme la fatigue peut se dissiper quand nous jouons – c’est comme si des énergies secrètes prenaient le relai pour nous donner l’envie et le bonheur de jouer.



Après un délicieux repas nous regagnons l’hôtel.

j’ai toujours pensé que la force des musiciens et leur grand luxe dans la vie était leur souplesse d’esprit – un don qui permet de dormir dans un somptueux hôtel un soir, et à la belle étoile le lendemain… la liberté ; la simplicité…
Ce soir c’est différent : après avoir joué dans le luxe au milieu du velours rouge et des lustres de cristal, diné de plats raffinés et en bonne compagnie, nous voici logés dans un hôtel un peu minable –le plus triste hôtel que j’ai jamais connu je crois (croisons les doigts pour qu’il ne soit jamais égalé) ; un passage direct des paillettes à la grisaille…Cela nous fera rire dans quelques jours mais en attendant, à l’heure où j’écris, je maudis ma chambre jusque dans ses moindres détails…

december 3

On the road to trier.

With the traffic jam ( two hours blocked on the motorway) rain and roadworks, it is the worst journey I ever known.

We perform in a very chic cabaret near the casino “le chat noir”. Nice stage and warm atmosphere. A good concert despite of the nightmarish day on the road. Funny how exhaustion can disappear when we are playing –just as if secret energies were giving us happiness and will to play.

After a delicious meal we went back to the hotel. I’ve always thought that the musicians’ strength and their great luxury in life was their adaptability – a gift that allows them to sleep in a somptuous hotel one night and under the stars the next day – freedom..simplicity...
Tonight is different – after performing in a glamorous place decorated with red velvet and crystal chandeliers, having a sophisticated dinner in good company, here we are in a shabby hotel – the saddest I’ve ever known I hope – right from glitter to grayness...
it will be a funny memory in a few days but as i am writing this I hate this room in every detail.


4 décembre

Après une longue route vers le sud, nous passons la frontière suisse près de Schaffhausen.
Nous jouons demain dans le petit village de Lohn.
Nous sommes accueillis par Hans Duerr, le pasteur du village et de deux autres villages alentours.

Il organise souvent des concerts dans son église et de grands musiciens nous ont précédés là bas…Cara Dillon ou les Tannahill weavers entre autres…

La soirée sera calme – j’abandonne tout le monde assez tôt pour me coucher car je suis envahie par la fatigue…dans la nuit glacée en rentrant me coucher je remarque que les suisses (et les allemands) ont un sentiment plus fort que nous dans leur façon de fêter noël - partout aux fenêtres, devant les maisons, on apporte un grand soin aux décorations – j’ai la sensation que l’esprit de noël vit plus fort ici que chez nous, où seul demeure l’aspect commercial de la fête.

december 4

After a long way down southwards, we crossed the Swiss near Schaffhausen.
We will perform in a small village, Lohn. We are welcomed by Hans Duerr, the village’ pastor. He often organises cocnerts in his church and great musicians came here - Cara Dillon and the Tannahill weavers for exemple...

It was a quiet evening. I leave quite early to go to bed.
In the icy night when walking back I notice that swiss and germans do have a stronger feeling than us in their way to celebrate christmas – at the windows, in the gardens, great care is given to decoration – I feel the spirit of christmas is alive here, whereas in France the commercial side of the event is the only thing left.


5 décembre



Hans nous emmène visiter la forteresse de Schaffhausen et les chutes du Rhin qui ont ravis les différentes cours d’Europe il y a quelques siècles et qui aujourd’hui sont l’attraction pour les touristes du monde entier.

Déjeuner dans un restaurant dans un petit village dont j’ai oublié le nom – vue sur les montagnes – à quelques km la frontière allemande – l’Autriche – plus loin, la France.
Le sommet des montagnes est enneigé. Plus tard dans l’après midi, nous irons marcher sur les hauteurs du village pour revoir les montagnes sous le soleil couchant.

Il parait qu’on ne les aperçoit que 20 jours par an – grâce au « foen », un vent violent – comme le mistral – qui dissipe les nuages. Les habitants nous ont dit que ce vent était mauvais et qu’il leur donnait mal à la tête ( ?).

Concert dans l’église ce soir. Hans est heureux car son église est quasi pleine.

Dîner tardif pour fêter l’évènement avant de se séparer pour la nuit…

J’ai remarqué pendant notre court séjour en Suisse, que beaucoup de gens, les femmes et les enfants surtout, portaient des amulettes ou de colliers d’Ambre – pourquoi cette tradition ? je sais que l’ambre a une valeur protectrice mais je n’aurai pas imaginé cette tradition vivante en Suisse…



december 5

Hans takes us for a visit of the S fortress and the Rhein Falls that delighted the europeans royal courts a few centuries ago and that are today an attraction for tourists from all over the world.

Lunch in a small village – from the restaurant windows we can see the mountains – a few kilometers from here, the german border – Austria – further way, France.

There is mountain on top of the mountains. Later in the afternoon, we had a walk in the village to have an other look at the mountains under sunset. We’ve been told we can see them only 20 days a year, thanks to the foen, a strong wind that, like the mistral in france, dissipates the clouds. The inhabitants told us this wind was evil and gave them headaches.

Concert in the church tonight. Hans is glad, the church is almost full.
Late dinner to celebrate the event before we part for the night.

I noticed during our short stay that many people, especially women and children, wore amber amulets or necklaces – why this tradition? I know amber has protective properties but I wouldn’t have imagined this tradition was still going in Switzerland...


6 décembre

Route vers Emmendingen – près de Freiburg.
Concert le soir dans un club – je crois que la pluie de s’est pas arrêtée de la journée.
Eternels marché de Noel dans les rues de la ville…lumières rouge, vert et or…
Que dire de plus si ce n’est que la spectacle est de mieux en mieux rodé quelles que soient les conditions dans lesquelles nous jouons.

december 6

Road to Emmendingen – near Freiburg.

Concert tonight in a club – I think it rained all day long. Eternal christmas market in the streets... red, green and golden fairy lights. What can I say except that the show is better and better, whatever the conditions.


7 décembre

Route pour Esslingen – (petite ville médiévale près de Stuttgart) sous des trombes d’eau.

De toutes les villes que nous avons traversées et visitées, cette vile est de loin la plus jolie avec ses ruelles médiévales et ses hautes maisons colorées…

le marché de Noel est très original avec beaucoup d’échoppes médiévales et d’attractions – musiciens – jongleurs, bonimenteurs, jeux et chevaliers
une petite parenthèse amusante et hors du temps avant de revenir faire les réglages de son dans la salle ou nous jouons ce soir
c’est un folk club qui existe depuis plusieurs dizaines d’années grâce au travail d’une équipe de passionnés…tant de noms prestigieux nous ont précédés sur cette scène !
Je suis contente.

Le son sera parfait, tout comme l’accueil – nous dinons ensuite avec l’équipe – nous espérons revenir…dans deux ans si tout va bien.

december 7

On the road to Esslingen, small medieval town near Stuttgart, under a downpour.

Of all the towns we visitedn this one is from far the most pretty with its medieval alleys and its high colourful houses...
the christmas market is very original, with many medieval shops and attractions – musicians, jugglers and barkers, games and knights.
A little and funny break, out of time, before coming back for soundcheck.

We perform in a folk club run by a team of enthousiastic music fans for decades.
Many prestigious names performed here before us on this stage ! I’m so glad.
The sound was perfect, just as the people. – we had dinner next with the staff – we hope we can come back, in a couple of years if everything goes fine.


8 décembre

Aujourd’hui nous sommes en route pour le dernier concert près de Munich et nous avons décidé de faire le meilleur concert possible !

Pour une fois le soleil nous accompagne sur le trajet (un présage ?) et nous pouvons enfin profiter du paysage qui défile - collines et montagne au loin.

Concert le soir organisé par le Cobbler’s irish pub près de Germering.
Le pub est au sous sol d’un grand bâtiment en pleine campagne, mais le concert aura lieu au rez de chaussée, dans la grande salle
…je crois que nous avons donné un bon concert car le public ne voulait plus nous laisser partir.
Nous étions le 99 eme concert celtique organisé par le pub après des artistes comme Cara ou Karen Casey et avant la harpiste Maire Ní Chatasaigh & Chris Newman qui joueront là bas en Janvier…

Après un verre au pub après le spectacle avec l’équipe du Cobbler’s – une nuit de repos avant une longue route vers la France….

december 8

Today we are driving towards the last venue near Munchen and we agreed to give the best gig we can ; for once the sun is shining all day long ( is it an omen?) and we finally can enjoy the landscape – hills and mountains.

Tonight’s gig was organised by the Cobblers, an irish pub near germering. The pub is in the basement of a great building in the middle of the country, but we will perform in the groundfloor, in the main hall. I think we gave a good concert because the audience could not let us go !!!

We gave the 99th celtic concert organised by the pub, after artists like Cara or Karen Casey; the harpist Maire Ni Chatasaigh and Chris Newman will play here in january.
After a pint at the pub after the show with the staff – a night of rest before the long drive back to france.


9 décembre

Route vers la France – 830 km

Le Rhin sert très exactement de frontière entre l’Allemagne et la France…Sitôt le fleuve passé, c’est déjà un autre pays.
Le paysage n’a pas changé, ni la lumière, ni le long ruban de la route – tout est identique – et pourtant d’un côté nous étions des étrangers et de l’autre nous sommes chez nous – c’est une sensation étrange…
Qu’est ce qui tout a coup vous donne le sentiment d’appartenance à un territoire ?

december 9

To France – 830km.

The Rhein is the exact frontier between Germany and France – just after crossing the river, it is already another country. The landscape is the same, just as the light and the long, long road – everything is the same – and yet on one side we were strangers and on the other we are at home – it is a strange feeling…
what makes you belong to a country or another?


12 decembre 2007
Novembre en Pologne...



22 novembre 2007

Nous sommes arrivés à Wałbrzych hier après une interminable attente à l’aéroport de Paris, une escale à Varsovie, un vol miraculeusement attrapé pour Wroclaw et 80 km de voiture…
Nous sommes ici dans le sud est de la Pologne, une région appelée Silésie.
Ce sont d’anciennes terres minières mais toutes les mines ont fermé il y a 20 ans , laissant derrière elles la misère et des jours sombres pour la population … grandes maisons cossues côtoient des bâtiments plus modernes et des abords de ville qui ressemblent à tous ceux que l’on croise plus à l’ouest, avec les sempiternelles mêmes enseignes de grande distribution et de voitures.
Aujourd’hui la région s’en sort grâce des zones franches attribuées pour l’industrie automobile, la porcelaine et le bois…C’est aussi une ville thermale.

Un peu de neige dans les rues - des gens qui marchent vite - il fait froid – il y a une odeur indéfinissable – mélange de charbon et de fuel – que personne ne semble remarquer…

Nous sommes merveilleusement accueillis ici par Bogdan Krol et sa petite équipe de la maison de la Bretagne…un tel lien parait étonnant mais les échanges entre la Bretagne et la Pologne existent depuis plus de 20 ans et nous sommes fiers d’avoir été invités et choisis cette année pour cette « semaine de la Bretagne » en Pologne…

Lors du déjeuner, Bogdan nous raconte un peu ce qu’a été sa vie et la vie des polonais de sa génération depuis la guerre 39-45…tant de misères et tant de restrictions – des frontières posées entre les peuples.
Je suis heureuse de le voir en parler avec le sourire.
Les gens ici semblent respirer à nouveau après des années sous une chape de plomb.
On ressent que les temps difficiles ne sont pas si loin derrière mais tout est toujours fait pour regarder vers l’avant (et oublier ?) – il y a du soin dans les détails – de la coquetterie – de la gentillesse à chaque endroit où nous passons…



Pour la première fois les musiciens reçoivent des fleurs en même temps que moi à la fin du concert que nous avons donné aujourd’hui au musée régional – j’ai senti beaucoup de cœur chez tous les gens qui étaient là…On m’a offert un recueil de poèmes d’un poète local et une petite tablette de chocolat – il y avait un si grand soin apporté au paquet que je me suis souvenue du sens du mot « cadeau » ; je l’avais oublié dans l’agitation et « l’effervescence » de Paris.

Nous passons la soirée tranquillement et nous avons fait le tour de la ville par un vent glacial à la recherche d’un café…nous avons trouvé un petit bar dans lequel deux ou trois silhouettes vidaient verre sur verre…où sont les gens ?
En tendant l’oreille on pouvait entendre les musiques et les flonflons des bals qui ont lieu dans de grands bâtiments dans le cœur de la ville…les gens ici se réchauffent en dansant la valse !

november 22

After a never-ending wait at the airport in Paris, a stop in Warsaw, a flight to Wroclaw miraculously caught and a 80km drive, we finally arrived in Walbrzych. We are in south-east Poland, in Silesia.

It used to be mining lands but all the mines were closed 20 years ago, leaving behind misery and dark days for the population, opulent houses next to modern buildings... the outskirts look like those you can find further west, with the inevitable mass-marketing signs.
Today the region makes a living through free-zones given to the car industry, china and wood. It is also a spa town.
Some snow in the streets, people walking fast – it’s cold – there is an undefinable smell, a mix of coal and fuel, that nobody seems to notice.

We are wonderfully welcomed here by Bogdan Krol and his team at the House of Brittany...such a link seems amazing but Poland and Brittany communicate for more than 20 years and we are proud we have been invited this year for the “Brittany Week” in Poland.

During the lunch, Bogdan tells us about how people, including him, lived since world war two – miseries and restrictions – frontiers put between peoples – I’m glad he can talk about it with a smile. People here seem to breathe again after years of despair.
We can feel that hard times are not so far behind but everything is done to make you look at the future (and to forget?) – great care is given to details – there is stylishness and kindness everywhere we go.

For the first time the musicians too are given flowers at the end of the concert at the regional museum – I felt generosity from the audience. I was given a collection of poems from a local writer and a small chocolate bar – it was wrapped with such a great care that I remembered the meaning of the word “present” – I had forgotten about it in the parisian frenzy.

We had a quiet evening and walked around the town, in the cold wind, in search of a café.. we finally found a small bar where a couple of people were gulping down one drink after the other... where is everybody? Listening carefully, we could hear music from the bals of the town center.
People are warming up here dancing the walz !


23 novembre 007

Dans la matinée nos hôtes nous font découvrir la maison de la Bretagne…une petite parenthèse – dans des anciens bâtiments du parti – nous nous trouvons à l’intérieur d’une « annexe » de la Bretagne en Pologne – de nombreux échanges ont lieu depuis plusieurs années entre des collèges/lycées bretons et polonais.

Nous partons visiter le château de Ksiaz. C’est un des plus grands châteaux de Pologne…cet énorme château (entre médiéval et rococo) dresse sa silhouette au milieu de forêt sur une hauteur.
Les allemands ont autrefois réquisitionné le château et c’est seulement aujourd’hui que la Pologne retrouve un peu de son bien national…
Il est lentement restauré après avoir été pillé par les allemands et les russes…si bien que toute notre visite prend la tournure d’une visite « par l’absence » : ici, il y avait un tableau – là, une tapisserie – ici les cheminées ont été démontées – quel enfer que tout le monde se soit servi – un pillage en bonne et due forme…
Le château a appartenu aussi à des anglais de la famille de Churchill et à une certaine « princesse Daisy » qui est morte tragiquement.

Une étrange visite s’enchaîne avec celle du château : on nous emmène voir des souterrains gigantesques creusés par les nazis pendant la guerre….des km de galeries dont on ignore encore la signification et qui ont été soigneusement dissimulées par le régime communiste pendant des années …base arrière d’Hitler ou fabrique d’armement…voilà un tourisme un peu morbide à mon goût…mais le pays a surement besoin de montrer ses blessures … celles du paysage et des hommes…



Concert ce soir dans le grand théâtre de la ville – un vrai petit opéra rococo avec boiseries dorées et angelots tout enguirlandés…





Le concert sera un grand succès – dehors le temps s’est radouci et le froid piquant à laissé la place à un crachin presque breton…des roses rouges pour nous ce soir…

november 23

In the morning our hosts showed us the maison de la Bretagne – in the former building of the communist party, we are here in small Breton annexes in Poland – there are many exchanges between Breton and Polish schools.

We visited K castle. It is one the biggest castles in Poland – this huge building ( between medieval and rococo) is on a rocky peak in the middle of the forest. In WW2 the Germans requisitioned the castle but today Poland have regained one of its national treasures.
It is being restored step by step after having been plundered by germans and russians... to the extent that our visit turns around the “empty” theme: here there used to be a painting – here, a tapestry – here, the fireplaces were taken down... it is a pity everybody turned the whole castle upside down.
The castle belonged as well to Englishmen from Churchill’s family and to some “Princess Daisy” who died tragically.

A strange visit follows – we are taken to huge underground galeries dug by the nazis during the war – kilometers and kilometers, we still do not know what it was meant to be and that was carefully hidden by the communists for years. Hitler’s inner base or arm factory... this is a quite dreary kind of tourism...but the people need to show wounds in the flesh and landscape.

Concert tonight in the great town theatre – a small rococo opera with golden panellings and angels with garlands.
The concert was a real success – outside the weather is nicer and the chill turned into an almost Breton drizzle... red roses for us tonight....


Le 24 novembre

Nous roulons jusqu’à Bolesławiec, la ville où nous devons jouer le soir même.
Des paysages un peu tristes – industriels – l’hiver et le froid n’arrangent rien - mais ; comme je l’avais ressenti en Estonie, tous ces grands immeubles et énormes bâtiments auraient besoin de voir leurs couleurs ravivées pour que le paysage retrouve de la gaité…

L’endroit où nous jouons ce soir est assez extraordinaire …il s’appelle la « cave parisienne » - Il est tenu par Bogdan Nowak, un artiste qui a accompagné le mime Marceau sur scène pendant de nombreuses années et l’endroit est à son image : exubérant et accueillant – dans un dédale de pièces voutées, des canapés de velours rouges, des tables basses et surtout des objets…ramenés des quatre coins du monde par Bogdan – beaux ou insolites – partout où le regard se pose, il y a quelques chose d’extraordinaire à regarder…nous sommes a mi-chemin entre la caverne d’Ali baba et le moulin rouge.. ; Partout des tableaux, des statues et beaucoup de masques...
Je crois deviner que ce goût des masques chez Bogdan vient de son métier de mime dans lequel l’expression est si importante….

L’accueil est parfait du début à la fin, depuis le thé chaud servi à notre arrivée dans la porcelaine locale jusqu’au concert qui sera un très beau moment avec le public…
Après le spectacle nous sommes restés pour profiter de l’ambiance et nous voilà bientôt coiffés de chapeaux haut de forme que le maitre des lieux affectionne et qui nous donnent l’allure d’élégants personnages du Paris de la fin du XIXème siècle…



Je suis toujours étonnée de voir comment le hasard met toujours sur mon chemin des lieux hors du temps et des personnages originaux…



november 24

Driving to Boleslawiec, the town we are playing in tonight.
Sad industrial landscape- winter and cold do not make things better but, as I had already noticed in Estonia, these huge buildings would need some colour so that the landscape regains some joy.

Tonight’s venue is quite unusual… it is called “la cave parisienne” and is run by Bogdan Nowak, an artist who performed with the mime artist Marceau for many years and he decorated the place himself: it is exuberant and welcoming - a maze of vaulted rooms , red velvet sofas, tea-tables and many objects brought from all over the world, beautiful and original...
everywhere you look there is something extraordinary...half way between the Arabian nights and the Moulin Rouge. Paintings, statues and masks... I guess Bogdan likes masks because in his art expression is vital.

We were warmly welcomed : from the delicious tea served in local china when we arrived to the concert that was a great moment with the audience...

after the show we stayed and enjoyed the atmosphere, wearing the top hats our host collects: we looked like elegant Parisians just out of the 19th century...
I’m amazed by how chance always puts on my way extraordinary places and original characters.


25 novembre

Dernier concert ce soir et nous devons faire environ 200km pour rejoindre la ville de Poznan – La maison de la Bretagne locale y organise une soirée pour nous – toujours dans le cadre des semaines de la Bretagne…
je n’en reviens toujours pas de l’existence de ces petits îlots bretons à l’intérieur de la grande Pologne…je trouve cet échange généreux et plein de promesses pour l’avenir du pays…

petit désagrément au départ car le transport entre Bolesławiec et Poznan n’a pas été géré et c’est grâce à la gentillesse de Bogdan que nous ferons la route en voiture – une land rover dans laquelle la harpe rentre difficilement et qui nous obligera à faire les 200 km de route assis comme des fakirs dans le peu de place qui reste…de quoi me faire presque regretter de n’avoir pas choisi de jouer de la flûte !

A Poznan le concert sera un grand succès – je ne crois pas qu’il y aurait pu y avoir une personne de plus dans cette salle !
Une nuit à l’hôtel avant le retour et la fatigue commence à se faire vraiment sentir…

november 25

Last concert tonight and a 200km long drive to Poznan ; the local Maison de la bretagne organises an event there tonight, still whitin the context of the Breton week.
I can’t believe there are so many little breton islands inside such a big country...
This exchange is truly generous and promising for this country’s future.

Some trouble at first since nothing was planned for the journey from Boleslawiec to Poznan but Bogdan kindkly drove us there, in a land rover..
the harp hardly fits in tghe car and we spend the journey sitting like fakirs in the little space left... it almost makes me wish i chose to play the flute !

Poznan – the gig was a great success – I think there couldn’t have been room for one more person !
Night at the hotel before driving back home. We’re slightly exhausted…


26 novembre 2007



Retour à Wroclaw pour reprendre l’avion pour la France…
Plusieurs choses m’ont frappée dans ce pays – tout d’abord la gentillesse de ses habitants et des gens que nous avons croisés sur notre chemin malgré beaucoup de difficultés au niveau de la langue. (peu de polonais parlent l’anglais et la langue polonaise est restée très hermétique pour moi avec sa prononciation si différente des langues que je connais)

Ensuite j’ai ressenti que la place accordée à la musique dans ce pays était très importante. Jamais nous n’avons voyagé, dîné, ou bu un verre, sans que la radio ou un disque ne soient présents en fond sonore…Comme si la musique était un fil qui reliait tout ce monde à la vie et peut être à une certaine idée de modernité et de confort…il y a un goût immodéré pour la « variété » pop internationale des années 70’ 80’.
Je pense – peut être en me trompant – que les gens ont été privés de ces musiques pendant des années noires – les écouter en boucle aujourd’hui est comme un luxe simple qui oxygène les esprits et redonne le sourire…
Nous avons aussi beaucoup ri lorsque dans notre premier hôtel les serveuses ont voulu nous faire plaisir en passant de la musique française pendant notre dîner tardif…ce repas passé entre l’accordéon, Maurice Chevalier, Joe Dassin ou Sheila était surréaliste !

Enfin, sur le chemin du retour, j’ai pu voir un immense cimetière sur la route menant à l’aéroport de Wroclaw... ; Il faisait nuit et partout des lanternes étaient allumées autour des tombes – j’ai trouvé que c’était une jolie façon d’honorer les défunts….
Et toutes ces bougies venaient apporter leur petite touche de chaleur et de lumière au cœur de l’hiver polonais…

november 26

Back to Wroclaw and France.

Several things struck me in this country – first the kindness of its inhabitants and of everybody we met on the road, despite some difficulties due to the language barrier: few peoples speak english and polish remained a very mysterious language to me, with its pronounciation so different from all the languages I know...

Then I felt there was a lot of space given to music in this country. We never travelled, dined or had a drink without radio or records as a background. As if music was a thread that linked everybody here to life and maybe to a certain conception of modernity and comfort. There is here an immoderate taste for the international pop music of the 70s and 80s.
I think – but I may be wrong – people were deprived of this music during the dark years, and listening to it endlessly today is like a simple luxury that allows them to breathe and smile again.

We had a lot of fun too when in the first hotel the waitresses wanted to please us playiong french records during our late dinner... eating while listening to Maurice Chevalier, acordeon music, Joe Dassin or Sheila was quite surrealistic!

On the way back, I saw a huge graveyard on the road to Wroclaw’s airport. It was dark and lanterns were lit everwhere around the graves... I thought it was a nice way to honour the dead.
All these candles brought their little warmth and light to the Polish winter...



22 novembre 2007
Anne de Bretagne...

article paru dans Ouest France le 22 novembre 2007

Alan Simon s'est déjà imposé comme auteur compositeur et comme cinéaste. Son 1er opéra raconte « la véritable histoire d'Anne de Bretagne ».G. Tagliafico

Le musicien nantais Alan Simon enregistre un opéra sur d'Anne de Bretagne. Avec Cécile Corbel, Angelo Branduardi, Nilda Fernandez, Didier Squiban...

«Anne de Bretagne était une petite femme au courage extraordinaire. » Alan Simon en parle comme s'il l'avait personnellement connue.
Il a des étincelles dans le regard, le musicien nantais.
Elles se sont allumées le jour où il découvrit le reliquaire. Cette boîte d'or contient le coeur de la duchesse bretonne. « Un objet très émouvant.
Anne a voulu que son coeur y soit placé. Ma curiosité est partie de là. Qui était cette femme ? »
Cela s'appelle un coup de foudre. Alan a tout lu sur la dernière duchesse.
Il va au-delà du cliché d'une duchesse en petit oiseau tombé du nid, pour découvrir une fascinante jeune femme, experte en stratégie, se passionnant pour la mode, la musique, les découvertes de Colomb, la peinture italienne.

Cécile Corbel sera Anne.

Et le projet d'opéra va naître. Le premier opéra jamais écrit sur la duchesse.
L'orchestre symphonique de Bretagne et le bagad de Quimperlé sont de la partie.
L'enregistrement du disque est en cours. Musiques folk, renaissance et rock. Textes vibrants.
Après la sortie de l'album, en 2008, le spectacle suivra en 2009. Cadres prestigieux : château des Ducs de Bretagne et château de Blois.
« J'ai choisi Cécile Corbel pour le rôle d'Anne.
Cette Finistérienne possède une très belle voix, avec des accents à la Kate Bush. »
Le fougueux Alan Simon, auteur du livret, confie le rôle du duc de Bretagne au pianiste Didier Squiban. Angelo Branduardi sera Michel-Ange. Nilda Fernandez sera Ferdinand d'Aragon. Simon Nicol (voix de Fairport Convention) incarnera le roi d'Angleterre.

L'opéra d'Alan Simon évoquera aussi le rôle politique de la duchesse.
Malgré la trahison des barons bretons achetés par le roi de France, elle sut maintenir l'indépendance de son duché. Un ambassadeur vénitien la décrivait ainsi en 1492 :
« Sa finesse d'esprit est remarquable pour son âge et une fois qu'elle a décidé de faire quelque chose, elle s'efforce d'y parvenir par n'importe quel moyen et à n'importe quel prix. Cette jeune femme possède quelque chose d'extraordinaire. »
Une femme d'une liberté et d'une fantaisie insoupçonnées. Incroyablement romanesque.
Aimée des rois, aimée du peuple.
Un rôle en or pour une jeune diva bretonne.
Un sujet en or pour un musicien d'aujourd'hui. Une icône en devenir.

Daniel MORVAN.

Ouest France 22/11/2007



septembre 2007
Breizh Touch 2007 à Paris

Breizh Touch 2007 Du 20 au 23 septembre 2007
La Bretagne comme vous ne l’avez jamais vue…

La Bretagne, à l’initiative de la région va investir Paris en septembre 2007 avec plusieurs événements et manifestations dont la descente des Champs-Élysées par plus de 3500 sonneurs et danseurs.
Nous participerons à cette semaine bretonne en donnant plusieurs concerts dont un concert en plein air sur les quais St Michel lors de « Breizh en Seine »
(calendrier complet et horaires bientôt en ligne)
Breizh sur Seine : la Bretagne jette l'ancre à Paris !
"Un air revigorant va souffler sur le quai Saint-bernard !Transformée pour l'occasion en une véritable odyssée de la mer, cette promenade parisienne est l'occasion de venir percer tous les secrets de l'océan."

Je suis fière et heureuse de participer à cet évènement et de représenter la vitalité de la Bretagne à Paris !

Pour plus d’infos rendez vous sur le site :
http://www.breizhtouch.com
http://www.parisbreton.org

28 aout 2007
Un été en Bretagne
Tournée d’été 2007 en Bretagne…

20/07/2007 Keltia Musique – dédicaces- Quimper 29

20/07/2007 espace Gradlon - festival de Cornouaille - Quimper 29

21/07/2007 arvro – dedicaces - Audierne 29

21/07/2007 tavarn Poulfetan - concert - Quistinic 56

24/07/2007 le toucouleur – concert - Trégastel 22

26/07/2007 Librairie celtique – dedicaces - Locronan 29

27/07/2007 abbaye de Landevennec – concert - landevennec 29

03/08/2007 abbaye de Landevennec – concert - landevennec 29

07/08/2007 Coop breizh - dedicaces - Lorient 56

07/08/2007 Festival interceltique de Lorient - festival - Lorient 56 - village solidaire

08/08/2007 Mouezh ar gelted – festival - Pont Croix 29

11/08/2007 – concert improvisé – le ceili – Quimper 29

14/08/2007 abbaye de Landevennec – concert - landevennec 29

17/08/2007 le présent têtu - concert - St Jouan des guerets 35

18/08/2007 festival les scènes déménagent - festival – Fougères 35

19/08/2007 espace culturel – concert -Pont Croix 29

21/08/2007 le toucouleur – concert - Trégastel 22

Difficile de rédiger ce journal de bord de notre été en Bretagne…
à l’étranger les mots naissent tout seul sur mon carnet de route car j’ai tant à décrire et à découvrir, mais lors de notre « été breton » je me suis sentie tellement « à la maison » que le besoin d’écrire est devenu moins vital…
Je me suis contentée de vivre cet été au rythme des concerts et des paysages rencontrés…
En guise de souvenir, voici une série de photos de notre été armoricain.
Je suis heureuse de les partager avec vous…

13 concerts et des rencontres dans toute la Bretagne, Finistère, Côte d’Armor, ïle et Vilaine, Morbihan…

A breton summer
2007 summer tour in britanny
It is quite hard to write this journal on our Breton summer…
abroad, words bloom by themselves on my notebook, because there is so much to describe and to be discovered, but during this Breton summer I felt I was home; and then the need to write seemed less vital.
I simply lived this summer following the rhythm of concerts, landscapes and encounters… as a souvenir, here is a series of photos from our summer…
I am happy to share them with you…

13 gigs and encounters all over britanny, from the finistère to the cotes d’armor, from ile et vilaine to morbihan…

Festival de Cornouaille le 20 juillet






Un grand cadeau, ce concert en première partie de Soldat Louis devant 2000 personnes.
Les lumières étaient fabuleuses et l’accueil chaleureux même si les températures extérieures rappelaient plus le mois de mars que le mois de juillet !



This concert as supporting of Soldat Louis was a great gift .
The lights were fantastic and people extremely welcoming, even though outside the weather was rather november-like…

Le 21 juillet- concert à Poulfetan




Poulfetan est un village du XVIème siècle rendu à la vie par une équipe passionnée…
cette soirée restera pour moi exceptionnelle…nous avons joué dans une immense grange, au milieu des bottes de foin dans un village que la nuit avait rendu plus magique et mystérieux que jamais…
le public était au rendez vous…sous les étoiles…

Poulefetan. is a 17th century village, which came back to life thanks to an enthusiastic team.
This evening was exceptional.
We played in an immense barn, among hay hacks.
Night had made the village look more magical and mysterious than ever… and people were there, under the stars…

Le 24 juillet…le toucouleur – Trégastel




Une ambiance pub et un beau concert pour nous en trio cette fois…
En souvenir, la côte, les rochers, le coucher du soleil…le VENT !

A pub-like atmosphere and a beautiful concert for us in trio.
As souvenirs, the shore, the sunset…and the wind !

27 juillet, 3 aout et 14 aout – concerts à Landevennec




un lieu toujours aussi cher à mon cœur et aussi inspirant…
Si vous ne connaissez pas l’endroit, il faut absolument découvrir l’ancienne abbaye, le village, le port avec l’église et le cimetière qui surplombent t la mer…
un lieu qui mérite une halte de plusieurs heures, et pour vraiment ressentir toute l’énergie du lieu il faudrait même y passer quelques jours (hôtel le st Patrick ou hôtellerie de l’abbaye pour un séjour plus…monacal.)…un parfum de sérénité !
Seul regret, une météo capricieuse nous oblige à nous replier dans l’église du village au lieu des ruines de l’abbaye pour deux des concerts…
le second concert, lui, aura lieu dans les ruines sous un soleil couchant qui vaut tous les éclairages du monde…

This place is always inspiring and i cherish it.
If you don’t know it, you absolutely must go there and discover the ancient abbey, the village, the harbor and its church, the graveyard giving onto the sea…
This place deserves a several hours stop, and to feel all its energy you even should spend a few days there ( at the st patrick hotel or at the abbey’s hostel for a more monastic stay…
Our only regret will be about the weather, capricious as always, that forced us to perform in the village’s church and instead of the ruins.
But our second concert did take place in the ruins, under a sunset that outshone all the best stage lights we ever had…





7 aout– lorient

8 aout -festival Mouezh ar gelted

le plus beau concert de l’été…je joue « à la maison ». Son et lumières parfaites…

The most beautiful concert of the summer.
I’m playing at home.. perfect sound and lights…

11 aout – concert « sauvage » au Ceili…

Comme notre date au pays de Galles vient d’être reportée à l’année prochaine, concert improvisé dans le plus célèbre pub quimpérois…Un pub breton mythique dans lequel tous les grands musiciens bretons ou celtiques sont passés…

Since our concert in Wales was postponed to next summer, we improvised a gig in Quimper’s most famous pub, a mythical place were the greatest Breton and celtic musicians performed.

17 aout le présent têtu

18 aout Fougères




ma première visite dans cette magnifique ville médiévale…nous jouons au château.
Un peu gâché par la pluie, le brouillard, le froid…nous sommes bien au mois d’aout ?

My first visit in the gorgeous medieval town. We performed in the castle.
The day was a bit spoiled by the rain, the fog, the cold… is this august really?!!

19 aout – pont croix – espace culturel




Nous organisons ce concert seuls…nous avons choisi de tout éclairer à la bougie..Ce sera un succès…beaucoup de monde…

We organised this concert by ourselves. We chose candle-light.
It was an entire success, many people came…

21 aout – le Toucouleur – Trégastel




le concert est annoncé sur France 3 et le café-concert d’habitude déjà bien rempli va se transformer rapidement en un lieu véritablement bondé…
malgré l’affluence, (tout le monde est resté debout, serré comme des sardines) ce sera un superbe moment et pour nous une belle façon de clôturer notre été en Bretagne …

The concert was announced on tv and this cabaret-like place usually very busy quickly became absolutely packed.
Even though people stood packed as sardines in a tin can, it was a great moment and a beautiful way for us to end up our Breton summer…



15 mai 2007
Olympia 2007

Quelle grande chance que de pouvoir jouer durant ces trois soirs à l’Olympia en première partie de Laurent Voulzy.
La nouvelle est tombée il y a si peu de temps que nous n’avons pas totalement réalisé.

Quand nous arrivons le premier jour, nous découvrons pour la première fois le lieu « de l’intérieur ».
Nous y accédons en voiture par un gigantesque parking en sous sol qui fait penser au ventre d’une énorme machine.
Ensuite c’est un dédale de couloirs et de portes avant d’accéder aux loges.
Derrière la scène, l’air est enfumé et tout le monde s’agite car ce sont les balances qui s’éternisent le soir de la première…

Il y a comme une dimension mythique qui flotte et qui est très impressionnante, des souvenirs qui habitent chaque recoin…
Des désirs et des peurs qui ne vont pas tarder à s’emparer de moi avant de monter sur scène.
Nous jouons trois soirs qui seront comme une parenthèse très intense. Nous avons pu jouer pour 9000 spectateurs…

la rencontre avec le public était belle…Le public de Laurent Voulzy est à son image, très ouvert et gentil.

Le concert de Laurent Voulzy est un énorme spectacle, les musiciens sont excellents, les lumières et le son sublimes, j’ai été très impressionnée par l’énergie qui se dégage du show…

Le dernier soir c’est presque à regret que quittons l’Olympia, devenus presque familiers des lieux
J’ai croisé les doigts pour y revenir un de ces jours…




We are incredibly lucky to perform at the Olympia, for three nights in a row, as supporting artists of Laurent Voulzy
We learned the good news at the very last minute and we still can't realize what's happening to us!
On the first day, we discover for the first the time the place from the "inside"
We arrive by car, in a huge underground car park; we feel like we are inside a gigantic machine.
We then access the dressing room through a maze of corridors.
Backstage, the air is smoky and everybody gets busy; today is the premiere and the sound check takes ages.

There is also something almost mythical floating in the air, it's very impressive...Memories dwell in every corner; desires and fears will soon overcome me just before getting on stage.
We play for three nights in a row, a very intense experience. We performed in front of 9000 persons; meeting the people was amazing.
Laurent's public is just like him: very open, very nice.

Laurent Voulzy's concert is a great show, the musicians are excellent, the light and the sound are sublime, I was really impressed by the energy of the show.

The last night, it will be a pity to leave the place; The Olympia became almost familiar...
I keep my fingers crossed to come back here someday soon.

27 mars 2007
Journal d'Estonie 2007

20 mars 2007

Départ à 10h du matin.
Vol Scandinavian airlines en direction de Stockholm.
La harpe voyage dans les soutes dans le nouveau flight case que j’ai fait faire sur mesure en Irlande.
J’ai toujours peur quand je la vois disparaitre entre les mains du staff de l’aéroport.

Escale à Stockholm.

16h05 – Arrivée à Tallinn – il y a une heure de décalage horaire avec la France.
Nous avons eu beaucoup de mal à faire rentrer le flight case dans la voiture…
Finalement nous l’abandonnons à l’aéroport et nous reviendrons le chercher.
Hannes, qui organise le tour pour nous en Estonie, nous emmène là où nous dormirons cette nuit.
Nous nous arrêtons dans un café car je n’ai pas avalé grand-chose depuis le départ.
Le café a un charme très désuet. Tout est très bon marché. ; Café et gâteaux ; Le temps s’est arrêté ici derrière les rideaux de tissus lourd et les meubles de bistrot, seule la radio vient nous rappeler l’année 2007 en nous jouant les tubes estoniens du moment.

La maison où nous logeons est une résidence pour les médecins ou professeurs de passage dans la ville.
J’accorde longuement la harpe qui a brillamment passé les épreuves du voyage.

Nous sortons diner ; Hannes nous emmène dans la vieille ville. C’est très beau.
Beaucoup d’églises et un charme médiéval (remparts, portes cochères, sculptures discrètes sur les maisons…) du moins pour ce qui a été épargné par les bombardements russes.

C’est d’ailleurs dans un restaurant médiéval que nous irons dîner. L’endroit est incroyable : tentures, candélabres, tapisseries, bougies, sur trois étages nous sommes transportés dans un autre temps. Des serveuses à la vaisselle, du menu à la musique, tout est magique…
On nous conseille une bière brune qui est servie très chaude avec du miel…étrange…

Hannes nous raconte l’histoire du pays, ou comment l’Estonie s’est toujours retrouvée coincée entre les querelles et les guerres de ses puissants voisins (Russie, Allemagne, Suédois…) Quasiment « esclave » sur ses propres terres, dernier peuple païen d’Europe à s’être fait christianisé, les estoniens retrouvent aujourd’hui une forme de conscience nationale.
Une identité qui passe avant tout par la langue et par le chant choral – des chants qui ont accompagné cette résistance identitaire notamment sous l’occupation russe toute fraîche dans les mémoires.

On sent que la misère n’est pas si loin derrière quand on traverse la banlieue de Tallin.
Beaucoup de gens ont encore aujourd’hui des revenus très réduits.

J’aime cette sensation spéciale quand j’arrive dans un pays que je ne connais pas : être perdue, happée par le pays ou la ville, surtout quand l’aéroport est un peu excentré….la sensation que je n’ai encore rien compris – et ne pas être sûre de vouloir comprendre d’ailleurs.
Etre de passage – attraper des instants de la vie locale –Etre lucide parfois, comprendre le pays mieux que si on y habitait… mais peut être aussi passer à côté…
Etre étrangère au paysage, à la géographie, au plan de la ville…ne pas comprendre la langue, faire des efforts pour attraper les mots au vol, ou juste se laisser bercer par la musique des mots de façon un peu indifférente…être étrangère.


March the 20th

Departure – 10 AM
Scandinavian Airlines flight to Stockholm.
The harp is travelling in the baggage hold, in the new made-to-measure flight case I ordered in Ireland.
I’m always afraid when I see it being taken away by the airport’s staff.
Stop over in Stockholm
16H05 arrival in Tallinn – one hour difference with France.
We struggled to fit the flight case in the car…
we end up by leaving it at the airport and will come back to get it later.
Hannes, who organizes our tour in Estonia, takes us to where we will sleep tonight.
We make a stop in a café because I haven’t eaten much since we left France.
The café has a certain old fashioned charm. Everything is very cheap. Coffee and cakes. Time stopped here behind the heavy curtains. The radio, playing the new Estonian hits, reminds us we are in 2007

The house we are staying in is a residence for doctors and teachers just passing in town.
I spend a long time tuning the harp… it successfully overcame the trip.

We go for dinner. Hannes takes us in the Old Town. It’s very beautiful.
Many churches. What was spared the Russian bombings has a medieval charm – ramparts, porte-cochères, discreet sculptures on the houses…
We are actually going to a medieval restaurant.
The place is amazing : wall coverings, candelabra, tapestries, candles… we are carried away in another time. The waitresses, the crockery, the menu, the music… everything is magic.

Hannes tells us about the country’s history, about how Estonia had always been stuck between its powerful neigbours’ ( Russia, germany, Sweden..) quarrels and wars.
Almost enslaved on their own land and the last European pagan people to have been Christianized, Estonians are today regaining a national conscience.
This identity expresses itself in the language and in the choral singing – choirs went with these demands for recognition, especially during the Russian occupation, still present in the memories..

When passing through Tallinn’s suburbs, you can feel that extreme poverty is not a memory yet – many people still have very low incomes.

I like this sensation when I get in a country I don’t know : being lost, caught by the city, especially when the airport is far out of town. I don’t understand anything yet – and I’m not sure I want to.
Being just passing through, catching moments of the local daily life. Being lucid sometimes, understanding the country better than if you were living there… but maybe you get it all wrong.
Being alien to the landscape, to the geography, to the city’s street – not to understand the language, making efforts to catch a word here or there, or just letting yourself go on the lullaby of the words, as if you didn’t care…
being a stranger.

21 mars 2007

Réveil à 5h30 (il est 4h30 en France !).
Nous nous rendons à la télévision estonienne.
Nous passons sur la principale chaine estonienne dans une émission du matin un peu similaire à celles que nous avons en France.
Les bâtiments un peu décrépis (époque soviétique ?) ne laissent pas soupçonner que nous y trouverons des studios avec caméras et équipements modernes.
Nous jouons « le vent m’emporte » en live et la présentatrice m’interviewe ensuite en estonien. Difficile en quelques phrases de tout dire et de tout faire passer en quelques mots car ici la musique celtique, la Bretagne et la harpe restent des sujets un peu mystérieux.

Retour à la maison pour quelques heures de repos avant un déjeuner ave l’attaché culturel français. Il y a un centre culturel à Tallin qui donne des cours de langue et dispose d’un centre de documentation.
Au fil des propos échangés, l’impression qui se dégage de tout cela est qu’il est difficile de faire vitre le lieu. Problème de budget ou d’énergie ?

Route vers Avarete – à environ 100 km. L’état des routes laisse parfois songeur…
Mais c’est la neige et la glace qui font des dégâts sur les revêtements. Il faudrait refaire les routes quasiment chaque année.

Une pluie gelée nous accueille à arrivée à Aravete. C’est une bourgade de campagne. Nous sommes dans un monde rural où le poids des années communistes est encore visible dans les paysages et dans les yeux des gens. Nous jouons au centre culturel.
Il y a un charme désuet. Une odeur indéfinissable flotte partout…peut être parce que les fenêtres – vieillies par les ans – ne peuvent plus s’ouvrir, et parce que les tentures qui décorent le lieu sont hors d’âge et ont vu passer trop de monde…

Nous avons des loges charmantes, autant que peuvent l’être les femmes qui s’agitent autour de nous pour nous apporter du thé.

Une grande mélancolie se dégage de tout cela – pour moi en tout cas – surtout quand un pianiste local invité « en première partie » avant notre concert nous joue un medley de chansons françaises…Entendre résonner « les feuilles mortes » au milieu de cette campagne estonienne isolée dans ce lieu figé dans le passé avait comme un parfum amer.
Aussi triste que la pluie qui frappait les carreaux des fenêtres de notre loge.

Notre concert s’est bien passé. Je jongle entre français et anglais mais je ne jurerais pas que les gens ont compris un traitre mot de ce que je leur ai raconté.
Qu’importe, l’émotion est là et nous avons vendu quasiment un tiers des disques que nous avons emporté pour le voyage !

Nous dormons dans un complexe sportif isolé au milieu de la forêt. On nous dit que le champion de ski estonien a dormi là…s’il l’a fait, nous devrions nous aussi réussir à y dormir !


March the 21th

We wake up at 5.30 ( it’s 4.30 in france !)
We are going to the Estonian TV.
We feature in a morning program on the main Estonian channel.. very similar to the one we got in france.
The buildings are a bit derelict ( sovietic ?) and can’t let you guess there are cameras and modern equipments inside.
We perform « le vent m’emporte » and the host interviews me in estonian. It is hard to say everything and to pass things on in a few words for celtic music, britanny and the harp remain mysteries here…
Back home for a few hours’ rest, before meeting the french cultural attaché for lunch. There is a cultural centre in tallin, where you can get language lessons and enjoy the information department. Throughout our conversation, I have the feeling that it is quite difficult to make it a lively place. Is it a problem of budget or a problem of will?

On the road to Avarete, about 100 km away.
We don’t know what to think about the poor condition of the roads…but it is the snow and the ice that make that much damage. They would have to remake the roads almost every year.
An icy rain welcomes us in Aravete, a small country town. We are here in a rural world where you can still feel the weight of the communist years when looking at the landscapes or at the people’s eyes. We are playing in the cultural centre, old fashioned and lovely.
An indefinable smell is hanging in the air… maybe because you can’t open the antique windows and because the wall coverings that decorate the place have seen to many years and people…
Our dressing room is lovely, as lovely as the woman bustling about us and bringing us tea.
All of this is extremely melancholic – to me at least – especially when a local pianist who is playing before us performs a medley of French songs… hearing “ les feuilles mortes” in this lost Estonian country, in this place stuck in the past, leaves a bitter sweet sensation…

It was a good show. I’m mixing French and English but I would not swear people have understood a word of what I said. Whatever, the emotion is there and we sold a third of the cds we have brought for the all trip !

We spend the night in an isolated sports complex in the middle of the forest. We are told the Estonian skiing champion have slept there… if he did we certainly can manage to sleep there too!

22 mars 2007

Lever à 10h après une première vraie nuit de sommeil.
Nous prenons la route vers Narva, à la frontière Russe. Pause déjeuner à Rakvere.
Nous nous arrêtons à Sillamae. C’est une ville qui a été rayée de toutes les cartes pendant très longtemps. Les russes y avaient découvert des gisements d’uranium et la ville a été fermée durant des décennies – réservée à des scientifiques et à leurs recherches.
Aujourd’hui la ville est rouverte.
Les habitants sont encore très imprégnés e culture soviétique…20 ans en arrière.
L’architecture est massive, rigoureuse, stalinienne.

Nous réussissons à pénétrer dans un bâtiment. C’est l’opéra de la ville.
Il est quasiment désert.
Il y flotte le même parfum du passé et les mêmes odeurs figées que dans le théâtre de la veille. Les médaillons peints sur les murs à l’effigie des dirigeants semblent nous suivre du regard comme s’ils désapprouvaient notre venue.

Sur la route, des paysages un peu tristes, des lacs encore gelés de l’hiver, des fermes, de grands bâtiments en ruine, casernes, usines, villas…une maison sur deux est abandonnée. Les autre tiennent souvent debout par une étrange volonté divine.

Je ne suis pas la plus apte pour juger de la politique qu’ont conduit les soviétiques dans ces régions pendant tant d’années, mais l’héritage, tel que je peux le ressentir dans le paysage et dans les yeux des gens, est lourd à porter – et il faudra sans doute une ou deux générations pour remonter les bâtiments détruits et peindre ce pays en bleu – sur les façades et dans les cœurs…

Nous arrivons à Narva, à la frontière russe... .Encore 200 m et nous sommes en Russie.

De la vieille ville subsistent encore la citadelle médiévale et l’hôtel de ville, seuls bâtiments épargnés par les bombardements de la seconde guerre – tout le reste de la ville est moderne – russe – trop grand, trop froid.
Ici vivent plus de Russes que d’Estoniens.
C’est une ambiance en demi-teinte ; mêlée de lenteur, de silence, de courage, de joie tranquille et enfantine.
C’est une association (« pro Narva ») qui a programmé notre venue ici. Ces gens, professeurs ou étudiants, essayent de faire vivre la culture dans la ville mais sont souvent confronté à l’immobilisme local et au manque d’enthousiasme de la population.

Il n’en sera rien pour notre concert car les gens sont venus nombreux. Il n’y a jamais eu tant de monde dans ce lieu…nous avons même du interrompre le concert pour qu’ils rajoutent des sièges en quantité suffisante…étonnant ! Nous avons joué à la lueur des bougies devant une assemblée très attentive – pas de sono (ils n’en ont pas trouvé !) – une expérience nouvelle pour nous de savoir présenter le spectacle entièrement en acoustique.

Repas dans un pub estonien renommé de la ville où nous avons sacrifié à la coutume locale en commençant le dîner par un verre de vodka avalé d’un trait…


March the 22th

We get up at 10, after a first night of real sleep.
On the road to narva, on the russian border. Breakfast in Rakvere.
We make a stop at Sillamae.
This town wasn’t on any map for ages: the Russian had discovered uranium deposits there and the town was closed for decades, and belonged to scientists and researchers. Today the town is now open again.
The inhabitants are still marked with the soviet culture… 20 years backwards. The architecture is heavy, rigorous, stalinian.

We manage to get in the city opera.
It is almost empty. We find here the same fragrance of the past than in the theatre, yesterday. The medallions painted on the walls represent the leaders and their eyes seem to follow us as if they disapproved our presence in this place…

On the road, sad landscapes, icy lakes, farms, big buildings in ruins, barracks, factories, villas… one house out of two is abandoned. The others are still up, god knows how.
I’m not really qualified to judge the policies lead by the soviets in this area for so many years, but I can see in the landscapes and in the people’s eyes that this heritage is a burden. We will have to wait for a couple of generations to see the buildings being put up and the country repainted in blue – on the facades as well as in the hearts…

We arrive in Narva, on the russian border. 2oo m more and we would be in russia.
From the old town remain only the medieval citadel and the city hall, only buildings spared by the WW2 bombings. Everything else in the city is modern – Russian – too big, cold.
There are more russians than estonians living here.
This is a half-tone atmosphere, slow, silent, made of bravery and of a quiet and childish joy.

A society ( « pro narva ») had planned to make us come here. These people, teachers and students, try to improve their town’s cultural life but are often confronted with the local failure to act and with the lack of enthusiasm of the population. There won’t be any lack of enthusiasm for our concert since a lot of people came. Apparently there had never been that many people in this place – we even had to stop playing for a while so that more seats could be added… amazing ! We performed at candle-light for an attentive audience – no PA system ( they couldn’t find one!). It was a new experience for us to manage to perform the whole show unplugged.

Diner in a famous estonian pub where we adopted the local custom : starting the meal by downing in a glass of vodka

23 mars 2007

départ de Narva – avant le départ nous visitons la forteresse.
Une route de 300 km nous attend en direction de Pärnu, sur la côté ouest, au bord de la mer.
C’est la « capitale d’été » de l’Estonie, une station balnéaire très réputée et cossue. C’était le lieu de villégiature de beaucoup de juifs russes avant la guerre.

Les paysages, au fur et à mesure que nous pénétrons dans les terres, se font plus beaux et plus doux – disparus les immenses bâtiments en ruine, les barres d’immeubles décrépis, les usines à l’abandon. Ils cèdent la place peu à peu à un paysage de campagne qui pourrait rappeler la Beauce – en un peu plus gris.
Heureusement les maisons en bois aux façades colorées et aux cheminées fumantes sont là pour réchauffer le paysage.
On sent une certaine pauvreté, mais surement aussi une sérénité plus grande que sur la côté nord et qu’à la frontière russe, une certaine douceur de vivre aussi…

Déjeuner à Paide au sommet d’un étrange donjon… Quel endroit bizarre pour y installer un restaurant.

Arrivée à Pärnu. Nous jouons ce soir à la Villa Ammende – un hôtel de grand luxe, très cosy et rétro… à recommander à tous les nostalgiques du style art nouveau et art déco…
Ils organisent souvent des concerts réputés.
C’est peut être l’un des plus beaux endroits où il m’ait été offert de jouer. Le concert a lieu dans la salle principale de l’hôtel, le son est très bon. Nous avons ramené de très belles photos de ce moment….

L’hôtel a un charme indéfinissable. Si on devait le rapprocher de quelque chose de connu, ce serait de l’atmosphère si particulière qui peut de dégager d’un roman d’Agatha Christie (dévorés par la lectrice que j’étais à 10 ans), le crime et le détective à moustache en moins…Une ambiance de pension de famille, un personnel sorti tout droit d’un manoir anglais, grands et petits salons, salle de billard, cheminée art déco, grand escalier en bois et balcons tarabiscotés…
Ma chambre est immense et comme un rêve, remplie de fleurs, de fruits et de friandises…
Dîner à l’hôtel et nuit de repos bien méritée.

J’emporte toujours avec moi quelque livres quand je voyage à l’étranger...
Est ce par peur d’avoir le mal du pays que j’emporte toujours un bon vieux classique français ??? Dumas, Flaubert, Balzac m’accompagnent toujours dans ces destinations lointaines…

Ce soir au restaurant, une petite fille blonde courait en tout sens et se faufilait dans tous les recoins de l’hôtel.
Aidée par la fatigue et un verre de vin, je me suis mise à imaginer qu’elle pouvait être une vision de moi enfant, minuscule fantôme du passé apparaissant et disparaissant dans l’embrasure des portes... elle avait un peu ma silhouette.


March the 23th

Before leaving narva we visited the fortress.
We have to drive for 300km to reach Parnu, on the west coast, on the sea side.
It is the Estonian Riviera, a famous and chic sea resort.
Many Russian jews uses to summer here before the war.

The deeper we get in the country, the more the landscapes get beautiful and pleasant. Goodbye to the huge buildings in ruins, the derelict blocks of flats, the abandoned factories, giving up to a countryside that looks a bit like the French Beauce – only greyer. Hopefully the colorful facades of the wooden houses and their smoking chimney are here to warm up the landscape.
We can sense here a certain poverty, but it is more serene than in the north and on the russian border. Life is certainly more gentle here…

Lunch in Paide, on the top of a strange donjon. What a funny place for restaurant!

Arrival in Parnu. We are performing tonight at the Ammende Villa – a luxurious hotel, chic and retro… to be visited by all the nostalgics of the art déco style…They often organize greay concerts. It is probably one of the most beautiful places I’ve ever been offered to play in. The concerts takes place in the hotel’s main room, the sound is perfect. We brought back very beautiful photos of this moment…
The hotel has undefinable charm. If I had to link it to something famous, it would be to the special atmosphere of Agatha Christie’s novels ( that I read avidly when I was ten), but without any crime or moustached detective… An atmosphere of boarding house, a staff just out of an English mansion, small and great lounges, art deco fire place, a big wooden staircase and fussy balconies…
My bedroom is huge and, like in a dream, full of flowers, fruits and candies… dinner at the hotel and and a good night’s rest.

I always bring a few books when I travel.
Is it for fear of being home sick that I always take a good old French classic? Dumas, Flaubert, Balzac, are always travelling with me…

Tonight at the restaurant, a little blond girl was running everywhere, sneaking everywhere in the hotel. Helped by the fatigue and by a glass of wine, I imagined she could be a vision of me as a child, a tiny ghost from the past, appearing and disappearing in the doorways… she had my figure.

24 mars

Départ pour Tallin après le petit déjeuner.
Je n’ai pas bien dormi et ce long trajet en voiture est une torture…
A Tallin nous vivrons une expérience inoubliable sur laquelle je ne m’étendrai pas trop : nous avons joué dans le plus grand casino de la ville…
Au milieu des machines à sous et des hôtesses fort peu vêtues j’ai du mal à me retrouver…Tout respire le kitsch ici, c’est clinquant, de mauvais goût.
Notre son sur scène sera horrible et cela m’a ramené plusieurs années en arrière quand je jouais dans des bars dans le brouhaha général… formateur comme expérience mais le vivre aujourd’hui à nouveau m’a pesé…

Etre musicien est à mon goût la plus belle des aventures mais certaines expériences ne sont vraiment pas des cadeaux de la vie.
Je me suis sentie blessée par cet endroit et sa vulgarité, et, même si je sais que nous avons su toucher les personnes qui nous écoutaient, jouer dans ce bruit et ces lumières était violent…
Encore plus violent le spectacle des danseuses « nues » qui nous succèdent à une heure plus avancée de la nuit…triste et drôle à la fois ce french cancan estonien… !

Le pays, qui sort du communisme, est tombé par certains côtés dans des excès inverses : l’argent, le clinquant, les apparences, les femmes faciles sont un des aspects de cette culture…
cela devrait disparaitre ou s’atténuer d’ici quelques années…mais en attendant je suis choquée par tous ces casinos dont les enseignes clignotent à chaque coin de rue dans chaque ville que nous avons traversé…

March the 24th

Departure for Tallin after breakfast.
I haven’t slept well and this long drive is a torture…
In tallin we lived an unforgetable experience…
I won’t tell much about it but we played in the city’s biggest casino…
Amongst the slot machines and the half-dressed waitresses, I’m a bit lost… everything is kitsch here, vulgar.
The sound on stage was horrible and it took me a few years back, when I was playing in bars, in the noise… a formative experience but living it again today wasn’t nice…

Being a musician is to me the most beautiful adventure but some experiences are definitely not blessings. I felt hurt by this place and its vulgarity, even if I know we moved the people who were listening, playing in that noise, under these lights, was painful… The performance of the naked dancers, later in the night, was even more violent… this Estonian French cancan was both sad and funny.

The country, just out of communism, fell in a way into opposite excess : money, glitter, looks, easy women are one aspect of this culture…
this should fade away in a few years..meanwhile I’m shocked by all those casinos and by all those lights flickering at every street corners.

25 mars

Après une nuit réparatrice qui me réconcilie avec moi-même et avec le pays nous prenons la route vers Tartu, à 180 km dans les terres. C’est la capitale spirituelle et intellectuelle de l’Estonie, une ville universitaire et engagée dans la construction de l’identité estonienne.

La campagne est très belle. Nous avons traversé des forets sur des distances infinies – des arbres à perte de vue et pas de maisons.

A Tartu l’architecture est riche et colorée, centrée autour de l’université.

Il y a un quartier très étonnant que Hannes tient à nous montrer un peu en retrait du centre. Les maisons y sont encore en bois peint, les rues en terre battue. Là vivent des intellectuels pauvres ( !) et des poètes…
Beaucoup de maisons n’ont pas l’eau courante et l’électricité. C’est très joli, mais plongé 100 ans en arrière. On appelle ce quartier « la soupe » car chaque rue porte le nom d’un légume ( ?)…cela nous a laissé plus que songeurs… !

Nous jouons dans une belle salle de la ville. Nous n’avons jamais été mieux sonorisés…c’est très agréable et le concert se passe bien.


Je serai très malade pendant les heures qui suivent, sans raison apparente...
Tout le monde se mobilise autour de moi pour trouver des médicaments et mon mal de ventre passera finalement dans la nuit.

Pour l’avant dernier soir en Estonie, Hannes nous a réservé une surprise.
Nous partons en pleine nuit à 30km de Tartu pour une auberge dans laquelle nous passerons la nuit.
Je crois qu’il me serait impossible de retrouver l’endroit toute seule tant nous avons roulé dans des petites routes de campagne en terre battue ;
Au milieu de nulle part nous voilà arrivés dans une auberge entourée de grands lacs.

Là vit un couple qui a rénové plusieurs fermes et les ont transformées en un endroit absolument magique.
Ils ont monté plusieurs expéditions ethnographiques en Sibérie dans leur jeunesse et l’homme se consacre aujourd’hui à la construction et la mise ne valeur de ses terres autour de l’auberge. Il dit construire le paysage en fonction de visions et de la musique des lieux (il en est à son 7ème lac !)

Chaque année il organise un festival de musique incroyable où les musiciens jouent au milieu de l’eau, entourés par des feux et des lumières complémentent irréelles sorties de son imagination…j’aimerai beaucoup y jouer dans le futur.

A notre arrivée je ne suis pas complètement guérie et la maitresse de maison qui est très belle (elle ressemble à une fée) juge nécessaire d’allumer de grands feux dans toutes les pièces pour moi.
Elle nous apporte du thé et une étrange confiture de baies qui est sensée me guérir.

Ma chambre est la plus belle dont on puisse rêver…grand lit et salon, cheminée, livres, vue sur les lacs par une grande baie vitrée.

C’est le genre d’endroit dans lequel j’aimerai vivre quelques mois pour composer. C’est coupé du monde, les pièces sont immenses avec des murs en pierre épais, des poutres de bois, des tapis et des cheminées partout.
A l’extérieur la campagne et les lacs sont d’une sérénité incroyable. Il y a des sculptures partout.

Nous rencontrons le maitre des lieux et l’architecte de cette petite merveille le lendemain au petit déjeuner.
Il nous accueille en jouant de l’harmonium et nous racontera ensuite l’histoire des lieux.
Il s’agit d’anciennes fermes qu’ils ont rénovées et qui ont été construites sur un site viking (ils ont retrouvés des vestiges ainsi que des sépultures -les vikings brulaient leurs morts).
Cela ne m’étonne pas car depuis mon arrivée la veille je sens qu’une grande force règne sur le paysage.

J’hésite presque à donner l’adresse vers ce paradis car c’est tentant de garder pour soi ce genre de lieu mais voici tout de même un lien vers leur site web :

http://www.leigo.ee/

Je quitterai l’endroit à regret mais je me suis jurée d’y retourner très vite.


March the 25th

After a refreshing night I feel at peace with myself and with the country, and soon we are on the road to tartu, 180 km inland.
This is the cultural and intellectual capital of Estonia, a university town committed in the construction of the etonian identity. The countryside is very beautiful. We crossed immense forests – no houses, only trees everwhere.
In Tartu the architecture is rich and colorful, concentrated round the university.

Hannes wants to show us a very surprising area, just out of the city centre. The houses are still made of painted wood here, there are beaten-earth streets. Poor intellectuals ( !) and poets live here…
Many houses don’t have running water or electricity. It is very pretty, but 100 years backwards… this district is called “the soup” since each street bears the name of a vegetable (?) … we don’t really know what to think about this… !

We played in a a beautiful city hall. The sound had never been that good… it’s very pleasant and it was a good show.

The following hours I was very ill, for no apparent reason…
everybody is bustling around me to find medicines and my stomach-ache will finally passed during the night.

For our last but one night in Estonia Hannes made us a surprise. We leave in the middle of the night for a small inn, 30 from tartu, where we would spend the night. I think I’ll never be able to find the place again for we drove at night on small country roads…
Here we are, in the middle of nowhere, in a small inn surrounded by lakes.

A couple lives here, who renovated several farms and transformed them into this magical place.
They organized several ethnographic expeditions in Siberia when they were young and the man is now devolving himself to the construction and the development of the lands around the inn. He says he builds the landscape according to his visions and to the music of the place – this is the seventh lake he set up !!

Every year he organizes an amazing music festival where musicians perform in the middle of the waters, surrounded by bonfires and surreal lights, just out from his imagination… I would really like to play there one day.
When we arrived i was still a bit ill and our hostess ( who is very beautiful and looks like a fairy) consider necessary to light fires in every room for me. She brings me tea and a strange berry jam that is supposed to cure me.

My bedroom is the most beautiful place one could dream of. A huge bed, a fireplace, books, big windows giving onto the lakes.
This is the kind of place I would like to live in for a few months, to compose. It’s cut off from the world, the rooms are huge, with big stone walls, wooden beams, carpets and fireplaces everywhere. Outside the countryside and the lakes are amazingly quiet. There are sculptures everywhere.
We finally meet our host and the architect of this little wonder the next morning, for breakfast. He welcomes us by playing the harmonium and will then tell us about the history of the place.
They renovated old farms that were built on a Viking site – they found remains and sepultures ( the Vikings used to burn their dead).
It doesn’t surprise because since our arrival I feel there is a great strength in this landscape.

I’m almost reluctant to give the address of this paradise because it is tempting to keep such a place for yourself but here is a link to their website:

http://www.leigo.ee/

l will regret to leave the place but I swear to myself I will go back there soon.

26 mars

Départ pour Tartu pour notre dernier concert qui a lieu le soir même dans un club de la vieille ville. Nous nous baladons en attendant sous un soleil presque estival ;
Le concert se passera bien mais je ressens la fatigue de tous ces derniers jours qui commence à me trahir sur certaines chansons.
Après une très courte nuit ce sera le retour à Paris.

Je garde de l’Estonie des tas d’images et de visages, des rencontres fortes avec les paysages et des maisons presque « vivantes » tant elles m’ont charmé par leur caractère.
J’ai ressenti très fort la confrontation entre l’est et l’occident et les contradictions que ce rapprochement génère au quotidien…Il faudra compter sur l’intelligence et la force identitaire des estoniens pour résoudre les inégalités et porter haut leur culture et leurs chants au milieu de l’uniformisation générale.


March the 26th

We leave for Tallin, for our last gig – the venue is a club in the Old town.
It was a good show but I’m feeling tired and this fatigue sometimes betrays me on a few songs.
We are back in paris after a very short night.

Of Estonia i will remember faces and images, encounters and landscapes and houses that seemed almost “alive” for they charmed me with their personality.
I felt a strong confrontation between the east and the west and I sensed how this reconciliation can weight on daily life…
I rely on the intelligence and on the strong identity of Estonians to claim their culture and their songs amongst general standardization.

23 février 2007
Au-delà des glaces

J'ai reçu un message très beau et j'ai eu envie de le faire partager dans le carnet de bord.
quelle sensation étrange de savoir que ma musique a pu s'envoler jusque dans cet étrange bout du monde...

I’ve just received a very beautiful message and I would like to share it the journal…
What a strange sensation to know my music could fly away to thes strange ends of the earth

Chere Cecile,

Je suis actuellement dans l'Oural, en Republique Komi, en mission archeologique.
Votre musique m'a accompagne ici par -24°C.
Rien a faire, la harpe passe bien sur la glace, tout au moins votre musique qui me suit, sur les franges de la Siberie.
Je vous envoie donc a nouveau quelques pensees, alors que l'immense manteau de Dame hiver s'etend a l'infini avant de mourir, lentement, en champs de fleurs, sous nos pieds, dans nos coeurs.
Ludovic Slimak

Dear Cécile

I am at the moment in the Oural region, in the Komi Republic, on an archeological site.
Your music keeps me company here when it’s -24°C.
The harp definitely fits in these icy landscapes.
Anyway, your music follows me, here on the frontier of Siberia.
I send to you some thoughts again, as the vaste coat of Lady Winter stretched out endlessy before dying slowly, where the fields come into blossom, at our feet, in our hearts.
Ludovic Slimak

15 dec. 2006
Tournée Australie 2006 (extraits du carnet de bord)

21 novembre

départ de l’aéroport charles de Gaulle, terminal 1 .
13 h d’avion jusqu’à Kuala Lumpur...difficile de s’en remettre...

22 novembre 2006, 7h du matin

arrivée à Kuala Lumpur
pas d’air et une humidité maximum
des palmiers partout et une agitation permanente.
Il nous faut 1 heure pour sortir de l’aéroport ultramoderne de KL. Un bus nous conduit à l’hotel car nous avons 15 heures d’escale. L’hotel est à 60 km de l’aeroport...pas très interessant car situé au milieu de nulle part.
Nous nous reposons un peu et nous sommes reveillés par la prière de l’après midi – il y a une grande mosquée bleue près de l’hotel et le muezzin n’en finit plus d’appeler les fidèles à la prière...Cela envahit tout l’hotel...
Notre séjour éclair en Malaisie nous laisse une impression en demi teinte : les constructions de cités dortoirs qui sortent de terre le long de la route sont assez effrayantes et l’Islam nous est apparu très intrusif.
Notre avion pour Adelaide part à 21h45.

23 novembre 7h15

Arrivée à Adelaide après une seconde nuit passée dans l’avion.
Nous retrouvons nos hôtes quelques heures plus tard à l’Alliance française.
La ville d’Adelaide est très étendue. Tout le monde a une maison individuelle et un jardin. C’est très vert et fleuri. Il faut dire que nous sommes au début de l’été là bas. Nous logeons dans une grande maison à la lisière du parc naturel de Cleland.
C’est une grande maison en bois, de style colonial avec beaucoup de fleurs et d’arbres, et une piscine... Il y a même un koala qui vit sur les hauteurs de la maison, mais nous ne le verrons pas.
Amateurs de vin et de cuisine française, nos hôtes, John et Helen, nous gâtent beaucoup et nous buvons de très bons crus australiens. Ils nous emmenent faire des courses dans un marché couvert au coeur de la ville où tout parait vraiment appétissant...
l’Australie peut produire tous les fruits et les légumes qu’elle veut grâce à son climat.
L’après midi je fais l’erreur de faire la sieste...le réveil sera difficile...
Nous nous couchons à 7 h du soir pour nous reveiller à 7 h le lendemain !

24 Novembre

Répétition et déjeuner au bord de la piscine...C’est magique de pouvoir travailler dans un jardin !
Nous partons ensuite voir les chutes d’eau qui marquent l’entrée du parc naturel de Cleland.
A cause de la sécheresse qui règne en ce moment sur le sud de l’Australie, les chutes d’eau sont moins spectaculaires. On nous raconte que la sécheresse est très grave dans le pays et que de nombreux feux de forets sevissent partout depuis quelques jours.
Nous avons la chance de découvrir un koala endormi sur une branche basse...C’est un animal vraiment étrange ; rien de semblable en Europe. Il gagne évidemment le droit d’être photographié sous toutes les coutures.
La soirée se passe tranquillement et nous nous couchons tôt.



25 novembre

1er jour du festival français d'Adelaïde
Il fait une chaleur assomante.
33° sur scène...ce sera l’enfer et la harpe Aziliz gracieusement prêtée par Camac est difficile à sonoriser.
Nous aurons un bon accueil du public malgré tout.
Le festival se déroule dans le parc de Carrick Hill, qui entoure un manoir du XIXeme siècle.

Les gens qui nous entourent ont pour l’instant l’air d’appartenir à des milieux aisés. Je me demande où vivent ceux qui n’ont pas les grandes villas cossues quui nous entourent...
Je m’étonne aussi de n’avoir pas croisé, où même que l’on n’ai pas évoqué devant nous, le peuple aborigène et leurs descendants, qui sont les natifs de l’Australie. Une forte impression de tabou pèse sur leur existence et l’apport patrimonial qu’ils représentent....
La colonisation de l’Australie est récente : la famille de Helen, notre hôte, fait partie des pionniers du pays et ils sont arrivés seulement en 1842...C’est dire si la présence des blancs ici est récente...
Comment vivre ce sentiment au quotidien ?

26 novembre

2ème jour du festival
Nous jouons tôt, à l’ouverture (vers 11h30). Notre show sera meilleur que la veille car nous sommes plus reposés et les ingénieurs du son ont enfin trouvé comment sonoriser au mieux la harpe.

A 14h je donne un workshop dans une église de la campagne d’Adelaide. Il est organisé par la Harp Society locale. 2h de travail avec les étudiants. Je leur ai joué plusieurs thèmes et ils ont choisi une de mes compositions pour plusieurs harpes : « d’un soir »...
Peut être l’enregistrerai-je un jour.

27 novembre

location d’une voiture et départ pour deux journées d’excursion au sud.
Les australiens roulent à gauche et les limitations de vitesse sont excessivement basses.
Nous traversons des paysages déserts d’herbes jaunes et d’eucalyptus (Gumtree).
Un détour par Willunga nous fait prendre une petite route escarpée qui serpente dans les collines.

Arrivée à Victor Harbour pour un déjeuner au bord de la mer.
C’est une ville qui a l’air très touristique mais nous y arrivons complètement hors saison et tout est désert.
Nous nous promenons sur Granite Island, une minuscule île au large de la ville.
Bien qu’aménagée entierement pour accueillir les touristes, avec tout le kitsch que cela peut comporter (balade en calèche, magasins et restaurants...), cette ville a un vrai charme.

Nous nous baignons dans une mer turquoise. Il n’y a pas de vagues et il faut marcher longtemps vers le large pour avoir de l’eau jusqu’aux cuisses.

Nous repartons et dépassons Port Elliott pour arriver à Goolwa.
C’est une ville touristique avec un port de plaisance ancien et une marina moderne.
Tout est désert et cela en devient presque angoissant.
Nous observons des oiseaux extraordinnaires : perroquets blancs ou rouges, hérons et même un gigantesque pélican qui se laisse photographier sur la jetée.
Difficile au milieu de cette cité déserte de trouver à se loger et à se nourrir...
Après une quête infructueuse nous élisons domicile pour la nuit dans un motel et dînerons dans un fast food...on ne pourrait pas faire moins romantique...
Les seuls habitants que nous croisons semblent sortis d’un road-movie un peu effrayant...




28 novembre

départ de Goolwa pour revenir lentement à Adelaide en longeant la côte.
Ce qui etait frappant dans cette ville, à part la quantité incroyable d’oiseaux que nous avons pu y observer, c’est l’absence de population dans les rues...où sont les habitants ? N’y a-t-il que des résidences secondaires ? départ de Goolwa pour revenir lentement à Adelaide en longeant la côte.
Imaginez une très jolie petite cité avec une marina, une mer turquoise, de grandes villas, des aménagements modernes au sein d’une nature sauvage et qui serait déserte...une ville fantôme !

Nous revenons à Port Elliott où nous ne nous étions pas arrêtés la veille pour découvrir des paysages grandioses..falaises blanches et mer bleu electrique. De grands oiseaux noirs qui doivent avoir leur nid le long de la falaise nous chassent de leur territoire...
Port Elliott est une tentative avortée de port sur cette côte au XIXème siècle : après quelque années de mise en service, le port a en effet été complètement abandonné au profit de Victor Harbour car l’endroit était trop dangereux : plus de 8 bateaux s’y étaient échoués la même année.
En apprenant cela nous pensons aux pionniers qui se sont établis dans cet immense pays...la colonisation est finalement très récente et nous imaginons l’aventure que cela a pu représenter pour les anglais , les irlandais, les allemands ou les hollandais qui ont tenté le voyage : la traversée devait durer des mois et sur place les arrivants étaient confrontés à une nature sauvage – tout était à construire.
C'est encore très présent dans le paysage d’aujourd’hui : partout des constructions, des villas modernes, des routes qui sortent de terre, des cultures...C’est un pays immense où tout est toujours pensé « en grand ».
Ici chacun possède sa maison et son jardin et impossible d’imaginer la vie quotidienne sans voiture...a côté de cela, la France ressemble à une maison de poupée avec des villes et des paysages miniatures.

Je ne peux pas m’empêcher aussi de penser aux habitants qui étaient là avant les colons, les aborigènes.
Nous apprenons avec effroi que dans certaines régions, comme la Tasmanie, dans laquelle nous allons nous rendre quelques jours plus tard, ils ont été tout simplement exterminés par les nouveaux arrivants blancs.
Il semble que la mauvaise conscience du pays commence à peine à se réveiller à ce sujet.

Nous coupons par les terres pour nous rendre sur la côte ouest à Normanville où nous déjeunerons.
Notre route déroule sans fin ses paysages de Gumtrees. Le sol est très sec. Les quelques maisons que nous dépassons sont des fermes isolées.
A quoi ressemble une enfance ou une vie entière dans l’une d’entre elle ?

Déjeuner dans un restaurant au bord de la palge de Normanville.
Les mouettes se disputent les restes des clients sur fond de mer turquoise et de ciel bleu. Aucun nuage.
Le soleil est vraiment mauvais car il reste vertical une bonne partie de la journée. Heureusement nous pouvons nous mettre à l’ombre sur la plage, sous un ponton de bois qui se jette dans la mer
Nous nous baignons trois fois. Il y a des dauphins qui jouent au large. Ils sont trop loin pour essayer de nager avec eux...

Retour à Adelaide en fin d’après midi.

29 novembre

une chaleur éprouvante dès le matin.
Nous partons pour Cleland, un grand parc naturel sur les hauteurs d’Adelaide.
Nous y verrons des kangourous et les extraordinnaires koalas. Nous nous plions au rituel des photos en leur compagnie . Ce sont de gros mangeurs d’eucalyptus et cela les fait dormir une bonne partie de la journée, comme un somnifère... !

Une longue route en voiture nous conduit ensuite à Mc Larren Valley où John tient à nous faire visiter l’exploitation d’un ami vigneron.
En résumé, bien que les cépages soient d’origine française, les vins australiens sont très différents de ceux qu’on peut trouver en France : + de tanins, + de sucres, + d’alcool. On nous explique que cela correspond au goût local et que le climat chaud et sec fournit des grappes très (trop ?) sucrées...Leurs bouteilles ne se conservent pas très longtemps.

Retour à Adelaide après cette expérience du vin australien. Un peu de fraîcheur au bord de la piscine nous remet d’aplomb. Nous dînons en ville dans un restaurant chinois et la soirée se terminera par une promenade nocturne dans les rues de d’Adelaide en sirotant des glaces...

30 novembre

Départ pour la Tasmanie
C’est à environ 1h30 d’avion et il y a une demi heure de décalage horaire supplémentaire.
La Tasmanie est la terre la plus au sud (avec la Nouvelle Zélande) avant le pôle.
C’est d’Hobart, la capitale, que partent toutes les expéditions polaires (nous verrons l’Astrolabe amarré dans le port). La température est beaucoup plus fraîche ici...l’idéal..une météo qui me fait penser à la Bretagne.
Quant à l’architecture elle est beaucoup plus a taille humaine que sur le Mainland. Hobart ressemble au croisement entre une petite ville bretonne, avec des cottages et des jardins anglais, un port hollandais et des rues « en montagnes russes » qui rappellent San Francisco.

Nous visitons brievement la ville et nous sommes invités pour la soirée chez des membres de la harp society locale qui réunissent chez eux quelques amis. On nous fait découvrir des tas d’instruments de musique : une étrange « guitare-harpe », des luths renaissance (ils ressemblent tout à fait à des ouds), un dulcimer...
Nous logeons chez Jenny, botaniste et harpiste amateur.
Le chat nous a adopté.




1er décembre

Depuis que nous voyageons à l’intérieur du pays, je m'interroge sur la colonisation. C’est un pays très jeune, colonisé il y a à peine 200 ans.
Comment vivre cette histoire ?
Quelle peut être la relation à l’autre et surtout y a-t-il une culpabilité vis à vis de ceux que l’on a spolié, chassés ou tués...les gens qui s’installent aujourd’hui en Australie ne doivent assurément pas s’encombrer d’une responsabilité qui n’est pas la leur, mais, en même temps, comment ne pas y penser ? Comment ne pas ressentir le poids de la violence faite aux natifs de cette terre ? Une autre question est celle des monuments.
Ici une église dsu XIXème siècle, là, un bâtiment des années 30...ils sont considérés avec la valeur et le charme de l’ancien.
Avec notre regard d’européens, difficile de porter le même regard patrimonial sur ce qui nous entoure tant flotte un parfum de nouveauté sur l’architecture.
Pour moi la vraie puissance du temps passé dans ce pays réside dans la force millénaire des paysages que nous croisons au fil de l’aventure.
Le souvenir des peuples aborigènes y est à peine caché et se respire dans ces paysages très forts.
On dit d’ailleurs que le langage des peintures aborigène (qu’on présente aujourd’hui comme de l’art contemporain dans les galeries !) est celui de leur paysages ancestraux.
Ces peintures sont les cartes magiques de leurs terres, des clés pour s’y repérer...

Nous montons au mont Wellington – 1270 m d’altitude au dessus de Hobart.
D’une végétation luxuriante, nous voyons progressivement apparaitre des paysages désolés de rochers et d’arbres morts qui ploient sous le vent.
Au sommet, seuls subsistent quelques buissons épars. C’est un paysage lunaire, très gothique. La température frôle à peine les 8°. Le vent souffle fort. Le seul habitant que nous croiserons sur le plateau est un lézard brun qui tente de se réchauffer entre deux rochers...

Concert le soir dans un club de Jazz de Salamanca (la partie ouest du port d’Hobart)
Le concert se déroule à merveille.

Tous les concerts et workshops ici en Tasmanie sont organisés par la harp society locale et la harpiste Christina Sonnemann qui est une guide enthousiaste de son pays et nous accueille comme des rois.




2 décembre

Balade à pied dans Hobart...petites ruelles et maisons colorées qui doivent réchauffer les couleurs de l’hiver local.
Départ pour le centre de la Tasmanie.
Sur notre route nous croiserons des cygnes noirs, beaucoup de moutons, des vaches, des taureaux noirs, des oiseaux étranges, un faucon...

Un workshop est organisé à Oatland, une minuscule ville au milieu de nulle part .
Quel endroit bizarre pour réunir tous ces gens !
L’atelier de harpe a lieu dans une église.
Les paysages autour de nous sont désertiques (arbres morts, maisons abandonnées....)
il y a des averses glacées et le vent fait trembler les murs de l’église au point de couvrir le son des harpes !
On ne peut pas croire que nous sommes en été.
Les élèves apprennent eux aussi une de mes compositions.

Nous dînons à Ross (ville très touristique avec trois églises et un célèbre pont construit par les bagnards).
La boulangerie cuit aussi des pizzas délicieuses et la boulangère, d’origine écossaise, est très fière de nous montrer l’immense four à pain dans lequel ils peuvent cuire jusqu’à 300 pains à la fois.

Nous logerons ce soir à une vingtaine de km de Ross




Le village s’appelle Tunbridge et compte à peine 80 âmes.
Là encore nous avons la sensation de faire escale dans une ville fantôme ;
Nous sommes logés dans un magnifique petit cottage, rénové et aménagé avec beaucoup de goût.
Il y a deux grandes cheminées qui sont les bienvenues le soir tombé.
Nous passons un moment merveilleux dans cet endroit mais il faut deja repartir...




3 décembre

Départ pour une route d’environ 200km vers le nord en direction de Burnie ou nous donnerons un concert dans une galerie l’après midi.
Ici c’est la campagne et on nous raconte que les attractions sont rares...du coup les gens sont enthousiastes et sont venus nombreux pour nous écouter.

Nous logeons à la campagne chez des membres de la Harp Society, Ann et John.
Grande maison et jardin.
Ils ont deux gros chats angoras qu’ils gardent enfermés car ce sont des prédateurs redoutables et les oiseaux ici sont protégés.

4 décembre

Ballade sur la côte avoisinant Burnie.
Plages magnifiques. Mer turquoise et sable fin – personne.
Difficile de se baigner malgré le cadre paradisiaque car l’eau est à 12° !




Workshop.
Beaucoup d’étudiants.
Nous travaillons un thème d’hanter dro traditionnel.
Un couple de bretons passait par là par hasard.
Ils sont heureux de faire découvrir les pas de la danse aux élèves.

5 décembre

nous redescendons jusqu’à Hobart et prolongeons encore de 100 km au sud pour aller jusqu’à Port Arthur.
C’est un paysage entre terre et mer, constitué de presqu’îles, de marais, de plages...
Nous passons par Eagle hawk neck, une route relie deux îlots entre eux ; C’était jadis le seul point d’accès à une grande prison.
Le seul point d’évasion possible pour les bagnards passait par là...la route était gardée par des soldats et par des chiens féroces. Les gens du coin adorent raconter cette histoire en souriant...ce n’est pas si loin de nous.

Nous dormons dans un hotel à Port Arthur et dînons au « Fox and Hounds », la meilleure table, parait-il, de la région....
le repas est bon, mais comme souvent lors de notre séjour australien, j’ai l’impression que les chefs cuisiniers confondent qualité et quantité...on nous sert systématiquement de portions gargantuesques !

6 décembre

Retour à Hobart où nous retrouvons Jenny dans la soirée pour notre derniere nuit en Tasmanie...
nous partons demain à 7h et il faudra prendre 4 avions pour rejoindre Paris....

12 nov. 2006
Paroles des chansons (1)

J’ai reçu plusieurs lettres où on me demande où trouver les traductions des paroles des chansons de SongBook1...
c’est vrai que nous avons mis uniquement les textes originaux dans le livret. Je vais essayer de mettre en ligne petit à petit les textes des chansons et leur traduction...

« Le vent m’emporte » est la seule chanson en français du disque.
J’ai composé la musique en Angleterre, à la frontière du pays de galles, lors d’un séjour à Kinnersley (festival de musique et danse traditionnelle).
Nous logions dans un vieux chateau déglingué et il faisait vraiment très froid....dur de jouer avec les doigts gelés mais il y avait heureusement une cheminée immense pour se réchauffer...
J’ai écrit le texte après la lecture des « Hauts de Hurlevents » (« wuthering heights ») d’Emily Brontë.

Bemnoz est un poème breton de tradition orale collecté au XIXème siècle.
le titre original est "secrejou ar c'hloareg" ("les secrets du clerc")
Il raconte l’histoire d’un jeune clerc, qui, désemparé par l’amour qu’il porte à une belle, se résout à confier son secret aux feuilles des arbres de la forêt.
« Voilà un confident bien fragile, lui dit la jeune fille, car quand viendront la pluie, le vent et la tempête, votre secret sera perdu à jamais...
mieux vaudrait le dire en mon coeur, il y resterait gravé, profondément. »

« Dellum down » m’a été inspirée par une comptine galloise que j’ai découverte il y a un ou deux ans.
Le thème est à la fois enfantin et cruel : « Un sanglier sauvage vit dans les bois. Il boit le sang et dévore la chair des enfants... »
la version galloise de « Promenons nous dans les bois » en quelque sorte, revue et corrigée à grand renfort de guitares électriques...

24 oct. 2006
Photographies

On m’a demandé d’où venaient les photographies du site et celles qui font partie du livret du nouveau CD.
C’est l’occasion pour moi de parler des photographes et amis qui ont réalisé les photos.

Tous les portraits sont l’œuvre d’une photographe française qui vit maintenant au Canada.
Elle s’appelle Nat Gorry et elle a un regard que j’aime particulièrement.
Sans elle, jamais nous n’aurions pu avoir autant de portraits réussis.
Nous avons fait la séance photo de l’album dans les jardins d’un couvent d’ursulines à Paris ; un endroit très secret et protégé auquel nous avons eu accès grâce à la gentillesse des sœurs qui y vivent. Au moment de la séance photo, les cerisiers et les camélias étaient en fleur dans les vergers...
en plein Paris, ce lieu était une parenthèse magique…

Sur la plupart des photos je porte une cape rouge, clin d’œil à la femme à la cape rouge qui figure sur la pochette du premier album, une cape en feutre achetée chez « rêves d’acier » à Paris.

Le livre ouvert qui sert d’illustration à SongBook1 est l’œuvre d’un de mes amis, Yohann Walter, artiste touche à tout, très brillant.
J’invite tout le monde à aller jeter un œil au site internet qui présente ses œuvres : www.yohann-walter.com
Nous nous sommes rencontrés à Prague, il vit entre la France et le Danemark et il est un de mes artistes préférés …

Les photos un peu mystérieuses avec les silhouettes et les arbres ont été prises il y a quelques années par mon ami très cher David Monfort, lors d’une escapade dans les monts d’Arrée.
Ce jour avait été assez magique car il régnait une atmosphère de légende dans les paysages que nous traversions.
Toutes les photos ce jour là étaient réussies mais semblaient venir d’une autre époque…

30 sept. 2006
Repetitions

Beaucoup de gens m’écrivent pour me donner leurs impressions sur le premier disque ou sur les concerts… Je lis tous les mails que je reçois et y répond toujours.
Je voulais remercier tous ceux qui m’envoient ces mots gentils et qu’ils me pardonnent si je ne réponds pas tout de suite aux messages.

Depuis quelques jours j’ai envie de rentrer un peu en Bretagne.
Malheureusement, un calendrier chargé m’empêche de partir quelques jours et je crois bien que je ne reverrai pas le Finistère avant les fêtes de noël…
L’automne est un moment que j’aime là bas, au moment de l’équinoxe et des grandes marées. Il y a un parfum de tristesse qui flotte, les couleurs deviennent plus denses, l’air se rafraichit et se charge d’odeurs de feu.
Evidemment à Paris cela manque un peu mais je dois avouer que j’aime aussi la lumière de l’automne sur cette ville.

Dans quelques jours je pars jouer dans un petit village des Landes, une région de France que je ne connais pas encore.
Le peu que j’ai entendu sur cette région et ses paysages me donnent très envie de la découvrir. Elle est le point de passage privilégié des pèlerins d’hier et d’aujourd’hui sur la route de Compostelle. De quoi réveiller en moi un passé pas si éloigné d’étudiante en archéologie en quête de pierres chargées d’histoire…

Les répétitions pour les concerts de lancement du nouveau disque ont commencé depuis quelques jours avec les musiciens. (Les concerts de lancement du nouveau cd auront lieu le 28 octobre à l’espace Prévert scène du monde à Savigny le Temple et le 2 Novembre à la Scène Bastille)
Nous répétons plusieurs jours par semaine à la maison au milieu du salon déjà encombré par les harpes et le matériel de son.
Entre deux séances de travail et deux tasses de thé, nous discutons des arrangements des chansons.
Les chats viennent de temps à autre au milieu de tous les musiciens pour réclamer à manger ou des caresses.
Je me demande parfois ce qu’ils entendent à la musique…

10 sept. 2006
Songbook1

Une sortie d’album est toujours un moment particulier dans un parcours de musicien, surtout quand il a fait le choix d’être sa propre maison de disques.
Mon premier disque «harpe celtique et chants du monde» était un voyage dans les musiques celtiques et orientales que j’aimais et contenait en germe les sonorités dont je rêvais pour «SongBook1».
Songbook1 clôture pour moi une année de concerts et ouvre de nouvelles portes pour l’année à venir….

Sa sortie aura lieu autour de la fête celtique d’Halloween, qui, bien que devenue très commerciale aujourd’hui, garde un sens sacré très fort de rencontre entre le monde des vivants et celui des ancêtres. De nos jours il correspond à la fête de la Toussaint…
Ce moment est pour moi celui du glissement vers l’hiver et annonce le retour à la lumière de la fin de l’année, quand les jours se mettront à nouveau à rallonger.

J’ai pensé le nouveau disque comme un cahier de chansons, à l’image du carnet de bord que j’entreprends aujourd’hui : j’y ai rassemblé des chansons traditionnelles celtiques auxquelles je tiens beaucoup en essayant de donner à chacune une couleur originale, un peu espiègle et moderne.

Nous avons croisé l’univers de ces chansons, la magie des poèmes médiévaux et des sons plus « pop » et modernes qui me tenaient à cœur. J’ai aussi composé plusieurs chansons sur des poèmes écossais ou anglais découverts au cours de lectures.
Bien que sur le disque les instruments traditionnels flirtent avec les sons pop, rock, ou électroniques, le spectacle autour de l’album restera très acoustique et j’en profite pour remercier chaleureusement tous les musiciens qui ont participé aux enregistrements et qui m’accompagneront sur scène cette année.

A l’heure où j’écris ces lignes, quelques jours avant la sortie du disque, je reviens d’un concert dans la chapelle d’une abbaye millénaire, aujourd’hui en ruine.
Beaucoup ont essayé de retrouver la crypte de cette abbatiale, qui contient, dit-on, un trésor. Personne n’y est parvenu… Aujourd’hui, grâce aux techniques modernes, on pense avoir où elle se situe. Elle se serait malheureusement effondrée et comblée. La valeur du trésor qu’elle contient, lorsqu’on se trouve au dessus d’elle, dans les ruines, ne peut alors être que spirituelle. Il faut savoir l’accepter comme tel.

Puissiez vous trouver vous aussi dans les chansons de SongBook1 des trésors cachés !




(c) Cécile Corbel 2006